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Joseph Stiglitz, Professeur Honoris Causa d’HEC Paris : « On ne peut progresser sans faire de l’éducation un objectif sociétal »

21 jan 2015

Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie en 2001 et professeur d'économie à l'Université de Columbia, était l'invité exceptionnel d’HEC Paris le 14 Janvier 2015 pour y donner une conférence sur le thème “Creating a Learning Society” inspirée de son dernier ouvrage co-écrit avec Bruce Greenwald : Creating a Learning Society: A New Approach to Growth, Development, and Social Progress (Columbia University Press, 2014). À l'issue de sa conférence, le professeur Stiglitz a reçu le titre de  Professeur Honoris Causa d’HEC Paris.

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Récemment, le professeur Stiglitz s’est concentré sur le rôle des inégalités dans nos sociétés et leurs conséquences sur l'économie. Cette fois, le thème principal de son ouvrage porte sur le fait qu’une croissance économique soutenue nécessite un apprentissage en continu et la diffusion du savoir dans la population. Il a ainsi démontré que la connaissance est un bien public ayant d’importantes conséquences sur la production et l'assimilation des connaissances. Dans nos économies contemporaines, les marchés peuvent échouer à fournir un niveau adéquat d'apprentissage et d'innovation. Dans ce cas, l'intervention de l'Etat peut être nécessaire.

Le système éducatif traditionnel peut ne pas être prêt à relever un tel défi - la complexité de l'économie moderne nécessite un apprentissage tout au long de la carrière pour faire face à de nouvelles responsabilités ou prendre un nouveau poste. En réalité, tout ce qui est appris en secondaire devient obsolète dans les 20 années suivant l'obtention du diplôme.

Lors de sa conférence, le Professeur Stiglitz a souligné le fait que l’un des plus importants processus  cognitifs est l’apprentissage sur le tas. Mais, il y a toutefois deux problèmes majeurs : le manque d'investissement en matière de formation professionnelle et l’accumulation de connaissances en période de récession qui conduit à sur-diplômer des individus sans qu’ils puissent ensuite en tirer profit. C’est la raison pour laquelle il est important de lutter contre le chômage ou au moins de donner accès à la formation continue. Un autre impact négatif à long terme des récessions est la faillite des entreprises qui entraîne la perte de leurs connaissances spécifiques – et ces connaissances sont perdues même si le climat économique s’améliore ensuite.

Les mesures d'austérité peuvent avoir des conséquences à long terme si la qualité des services d'éducation ou de santé (qui impactent la productivité des travailleurs) est altérée. Au total - avec les pertes en capital humain découlant du chômage – cela signifie qu’à court terme la vision que l’on peut avoir d’une hypothétique réduction de la dette peut être erronée. Le côté productif de l'économie - et aussi sa capacité à rembourser la dette - peut être compromis par des politiques d'austérité.

Le Professeur Stiglitz a énuméré différentes interrogations quant aux politiques appropriées pour les pays développés. La principale différence entre ces pays et ceux en développement ne se résume pas en termes de ressources (comme le capital) mais plutôt en  termes de connaissances. Il a précisé que les pays en forte croissance devraient investir non seulement dans le primaire et le  secondaire, mais aussi au niveau universitaire et en R&D. "Ils devraient promouvoir les industries où il y a une possibilité d’apprentissage par la pratique avec de nombreuses applications dans différents secteurs", a-t-il ajouté, prenant l’exemple de la Corée du sud. En 1960, les organisations internationales comme la Banque Mondiale ont conseillé au pays de se spécialiser dans la production de riz. Le pays a préféré investir dans l’éducation et les industries innovantes qui ont engendré une croissance sans précédent. 50 ans après, la Corée est devenue un pays très bien référencé dans les études PISA sur l’éducation et qui possède une des économies les plus avancées au monde. De telles politiques gouvernementales ne garantissent pas le succès, dans bien d’autres pays l’intervention de l’État a été inefficace. Cependant, rares sont les cas où les pays ont réussi à rattraper leur retard par rapport aux économies les plus développées, sans de telles politiques.

Enfin, le Professeur Stiglitz a conclu son discours en indiquant que la conception du système d'éducation est indissociable des décisions sociales qui doivent être abordées de manière collective. Il s’est adressé aux étudiants d'HEC en leur précisant que les choix que nous faisons façonneront inévitablement l'économie, la politique et la société, pour le meilleur ou pour le pire et ce pour les décennies à venir.

Retrouvez la vidéo de la conférence Honoris Causa de Joseph Stiglitz