Xavier Boute

Xavier Boute, professeur HEC Paris et coordinateur du séminaire Leadership et esprit d'équipe

Professeur HEC Paris et coordinateur du séminaire Leadership et esprit d'équipe

Ce séminaire est l’occasion de vivre une expérience intense, de découvrir ce que représente le leadership par une série d’actions et de projets collectifs : la construction d’un pont ou d’un camp de réfugiés en conditions réelles par exemple

Moment fort du cursus HEC, le séminaire Leadership et Esprit d’Équipe fête 2016 ses 10 années d’existence. Xavier Boute, professeur à HEC et coordinateur du séminaire, revient sur les conditions de son succès.

Pouvez-vous retracer la genèse du séminaire Leadership ?

Le séminaire Leadership et Esprit d’Equipe a été lancé en 2006 en partenariat avec les écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, sur l’initiative de l’ancien directeur d’HEC, Bernard Ramantsoa, et du général Coulloume Labarthe, commandant les écoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Tous deux ont souhaité créer un moyen de rencontre et de collaboration entre les étudiants des deux institutions. Etant à la fois officier dans l’armée de terre - directeur de l’enseignement à l’Enseignement Militaire Supérieur Scientifique et Technique - et professeur de statistiques à HEC, j’ai été choisi pour faciliter les échanges entre ces deux univers et organiser le séminaire. Dès mon implication dans le projet, j’ai eu à cœur de concevoir un projet qui profite autant aux deux populations : les étudiants en fin de cursus de Saint-Cyr et les étudiants de L3 d’HEC. Et les deux écoles semblent adhérer à ce modèle puisque le séminaire existe depuis 10 ans !

Quel enrichissement tirent du séminaire les étudiants d’HEC Paris ?

Je précise tout d’abord que le séminaire accueille autant de filles que de garçons. Il ne s’agit pas d’un stage commando physiquement très éprouvant, même s’il représente un défi pour tous. Ce séminaire est l’occasion de vivre une expérience intense, de découvrir ce que représente le leadership par une série d’actions et de projets collectifs : la construction d’un pont ou d’un camp de réfugiés en conditions réelles par exemple. Les exercices sont choisis pour apporter des enseignements marquants et durables : le sens de l’organisation, de la prise d’initiatives et de décisions, la gestion du stress, etc. Mais au-delà de cette expérience de terrain, nous avons développé un véritable protocole académique visant à répondre aux besoins exprimés par les étudiants de se former concrètement et le plus tôt possible au leadership, et s’articulant autour d’une question centrale : « quelles sont les conditions de l’action collective ? ».

Comment s’enchaîne cette partie académique avec le séminaire sur le terrain ?

Dès leur retour de Coëtquidan, les étudiants d’HEC sont invités à mettre en perspective leur vécu durant la semaine écoulée avec le document produit durant l’été. Nous leur demandons de choisir une situation clé, un moment marquant qui servira de base à une réflexion plus large sur le thème de l’action collective. Durant deux mois, ils mettent en œuvre une méthode de recherche, dite hypothético-déductive : ils prennent un moment fort de leur expérience à Coëtquidan comme base de départ - le fait déclencheur -, posent une question de recherche, puis formulent une hypothèse a priori, qu’ils doivent ensuite valider ou infirmer grâce à un travail de recherche et d’enquête. Ils vont donc rencontrer des dirigeants d’entreprises, des représentants de nombreux secteurs d’activité - sports, gastronomie, etc. -, réalisent ensuite un sondage suivi d’une exploitation statistique, avant de mettre en place une expérience visant à valider leur hypothèse. Ce prolongement académique est tout à fait essentiel et explique grandement le succès de ce séminaire.

Quelle trace ce séminaire laisse-t-il dans l’esprit des étudiants HEC ?

Lorsque je revois les étudiants rencontrés en L3 au moment de leur diplomation, tous me disent à quel point l’expérience leur a été bénéfique. Même plusieurs années après leur départ d’HEC, nombreux sont ceux qui en parlent encore et l’inscrivent dans leur CV ! Au cours de leur parcours estudiantin, ce séminaire constitue leur première immersion dans les problématiques du leadership, à partir de laquelle ils vont progressivement construire leur propre mode de management : comment trouver des solutions, développer des moyens d’action, être efficaces. Ils prennent aussi conscience de l’utilité du positionnement du chercheur, qui garde un esprit critique en toutes circonstances et veille à tester ses hypothèses. Par ailleurs, la rencontre avec le monde militaire, représenté par les élèves officiers de Saint-Cyr, leur apporte un nouveau regard sur un milieu souvent méconnu et sur le sens de l’engagement pour le bien public. Etudiants français comme étrangers sont par exemple très marqués par la cérémonie des couleurs au cours de laquelle le drapeau français est hissé et la Marseillaise entonnée par tous. Lorsqu’ils entendent de la bouche du responsable de Saint-Cyr : « vous êtes l’avenir de notre pays », l’émotion est palpable.

Comment le séminaire pourrait-il évoluer dans le futur ?

Au gré des années, le nombre de participants est passé de 60 à 120, c’est déjà une belle évolution ! A l’avenir, je crois que l’organisation d’un séminaire équivalent en fin de cursus pourrait être très utile aux étudiants sur le point de débuter leur vie professionnelle. Cela leur permettrait de mesurer le parcours effectué depuis la L3 en termes de développement du leadership et de leur donner un dernier coup de fouet avant qu’ils se lancent sur le marché du travail.