L’érudit mendiant de Jérusalem
À peine sorti du campus en 1974, Hervé Ponsot a “fait carrière” chez les Dominicains. Un sacerdoce qui l’a amené, 30 ans plus tard, à diriger un haut lieu spirituel et intellectuel du Proche-Orient.

Hervé Ponsot
C’est la plus ancienne institution de ce type en Terre Sainte : fondée en 1890, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem s’est forgée une renommée internationale grâce aux travaux menés dans ces deux spécialités par les pères fondateurs Dominicains. Et grâce à de hauts faits, dignes des meilleurs “coups” marketing : la publication entre 1940 et 1956 de La Bible de Jérusalem, la plus connue des traductions du livre sacré, et la fouille du site de Qumran, près duquel ont été découverts les Manuscrits de la mer Morte. Auréolée par ces prestigieux succès, riche de joyaux intellectuels – sa bibliothèque (140 000 volumes, 400 revues), entièrement rénovée en 2000 pour partie grâce à l’Union européenne, sa photothèque (20 000 plaques photographiques et tirages d’époque), entièrement numérisée –, l’École accueille aujourd’hui étudiants et chercheurs du monde entier.
À sa tête depuis juillet 2008, un théologien nommé pour trois ans par l’ordre des Dominicains, frère Hervé Ponsot : “Une position qui réclame des compétences engestion, le sens des relations internationales,et pas mal de pugnacité”, note notre érudit camarade, dont son prédécesseur, un Suisse, lui avouait avoir passé ici les années les plus difficiles de son existence mais “sans doute les plus passionnantes”… Un sacerdoce d’homme de foi de peu de poids face aux réalités séculières : “Une fouille archéologique prometteuse mise à jour à Gaza est en friche depuis cinq ans, et les tensions actuelles ne sont pas de bon augure, souligne frère Ponsot. Heureusement, le chantier du Tombeau des Rois, à deux pas de l’école, nous a bien occupés, et nous avançons sur l’interprétation de la Bible au fil des temps.” Des travaux accessibles en ligne, histoire de permettre aux chercheurs du monde entier d’alimenter à distance la réflexion. Et aux nombreux donateurs de financer l’EBAF de Jérusalem, née il y a 120 ans par la volonté des Dominicains, ordre “mendiant” comme chacun sait.
Article issu de la revue Hommes et Commerce HEC n° 337