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Michel Barnier - Mars 2012

 

Devant 200 étudiants, l'ancien Ministre qui est aujourd'hui l'un des membres les plus influents de la Commission Barroso II, a défendu sa vision d'une "Europe puissance", capable de faire respecter son point de vue sur la scène internationale et source de croissance pour ses citoyens. Répondant aux questions des étudiants, il a fait part de ses priorités : bâtir une véritable politique industrielle, relancer le marché intérieur, augmenter le budget européen en développant les mutualisations et mettre en œuvre les "project bonds".

Invité à commenter la campagne présidentielle française, Michel Barnier a regretté que le thème de l'environnement ne soit pas davantage présent. Il a également tenu à faire œuvre de pédagogie quant au fonctionnement de la Commission, trop souvent accusée d'être à l'origine des tous les maux en Europe. Bien que fragile et inabouti, "l'Europe est un beau projet politique", a déclaré le Commissaire pour qui faire de la politique "c'est créer du progrès ensemble".

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Discours d’accueil de Michel Barnier, Commissaire au Marché Intérieur et aux Services

HEC le 19 mars 2012

Huit ans déjà ! Voici huit ans, Monsieur le Commissaire, cher Michel, tu nous faisais l’honneur de nous accueillir au Quai d’Orsay pour le lancement de l’Institut de l’Europe d’HEC qui, avec HEC Débats et Involv’EU, a organisé cette rencontre avec toi ce soir. Je n’oublierai jamais les paroles que tu as prononcées alors et qui sont pour nous, militants engagés pour l’Europe, un encouragement à poursuivre notre action en dépit des turbulences que connaît aujourd’hui l’Union européenne.

Inutile de cacher le plaisir que nous procure ta venue ici à HEC, là où tant de jeunes de toutes nationalités se préparent à une vie professionnelle qui a vocation à être bien plus diversifiée que celle des générations précédentes. Car HEC en tant que Business School, en tête des classements mondiaux, a une grande responsabilité pour former des jeunes capables de s’adapter et de s’épanouir ans un univers changeant au sein duquel les cartes des pouvoirs économiques et politiques sont rebattues.

Pour nous tous, jeunes et moins jeunes ici, ton parcours est exemplaire. Tu as choisi ce que tu es devenu et ce que tu es devenu te donne le privilège d’être parmi les quelques hautes personnalités européennes en mesure de peser sur notre avenir européen commun. Je me flatte d’être ton amie de longue date et je dois dire que pour suivre ta trajectoire depuis plusieurs années, je ne peux qu’admirer un dynamisme qui ne fléchit jamais. Tu es toujours sur la brèche.

Adaptabilité, ouverture d’esprit, optimisme – qualité rare quand on connaît la propension de la majorité de tes compatriotes à s’auto-dénigrer - volonté et pragmatisme sont des qualités intrinsèques que tu combines avec un sens aigu des valeurs. Tes dossiers – et ceux que tu traites actuellement à la Commission européenne sont sans doute les plus complexes actuellement – tu les connais par cœur. Je mets au défi quiconque de te poser une colle !

Si j’avais à résumer les traits saillants de ta personnalité et de ton parcours hors norme, je dirai que tu es un précurseur, un homme d’action, un homme de conviction et de vision (ce qui va ensemble).

Le précurseur : Nul n’ignore ici que tu es celui qui a fait prendre conscience parmi les premiers des fantastiques enjeux de la défense de l’environnement. Chargé de mission en 1973 à 22 ans du premier ministre de l’Environnement en France – Robert Poujade – tu deviens ministre toi-même en 1993. Tu introduis alors le débat public dans les processus de décision environnementale. Tu crées la Commission Nationale du débat public et en faisant adopter la loi Barnier de 1995, tu associes les citoyens aux décisions qui détermineront leur cadre de vie. La "participation" dont tant de politiques vantent les mérites, n’est pas pour toi un vain mot.

L’homme d’action : Ah ! si tu avais été sollicité pour défendre la candidature de la France pour cet été 2012, nous ne nous serions certainement pas fait doublés par nos amis Britanniques, qui ont été plus brillants et convaincants que nous. Car les JO d’hiver de 1992 ne se seraient pas tenus à Albertville si Jean-Claude Killy et toi n’aviez été à la barre pour mener de bout en bout cette belle opération. Clin d’œil de l’histoire, c’est à ces JO qu’on a pu prendre la mesure des bouleversements modifiant la carte du continent européen. C’est alors que se sont en effet constituées de nouvelles équipes européennes (Croatie et Slovénie) et que l’Allemagne réunifiée a remporté ses premières médailles. Quant à la présidence du Conseil général de la Savoie que tu as exercée pendant des années, elle t’a donné un sens pratique et la conscience des impératifs économiques du développement régional qui t’ont été précieux dans tes fonctions européennes.

L’homme de conviction et de vision : Gaulliste, as-tu coutume de dire, dès l’âge de 14 ans – ce qui t’a conduit à devenir le plus jeune député à 27 ans en 1978 - tu es également Européen et profondément pro-Européen de naissance. L’alchimie entre le gaullisme et l’Europe n’était pas évidente. Tu l’as réussie. Alors que dans les grandes formations politiques que sont l’UMP et le Parti Socialiste, les convictions européennes ne sont pas toujours nécessairement partagées de la même façon par tous, tu es resté un militant passionné et infatigable de l’Europe. L’Europe a d’ailleurs été au cœur de toutes tes responsabilités ministérielles. Pas un de tes quatre portefeuilles n’a été exclusivement tourné vers la politique nationale : Environnement, Affaires Européennes (tu étais à ce titre chef de la délégation française pour la négociation du traité d’Amsterdam), Affaires étrangères et enfin Agriculture (la politique agricole n’est plus du tout nationale). L’Europe est vraiment ta maison. Commissaire à la Politique régionale en 1999, te voici aujourd’hui depuis 2009 investi de la mission la plus importante et aussi la plus risquée de toutes celles confiées aux Commissaires européens. Commissaire au Marché Intérieur et aux Services, tu as pour tâche de mettre la finance au service de l’économie, tout en veillant à ce que l’économie, la compétitivité et la croissance profitent à toutes et à tous. Comme disait Churchill, à propos de la démocratie, le capitalisme n’est pas parfait, mais c’est le moins mauvais des systèmes économiques. Or pour être le moins mauvais, il faut un minimum de règles et de transparence, ce que l’UE s’attache à garantir.

Quel est la finalité ? Rien moins que de préserver ce trésor de l’Europe qu’est notre culture et les valeurs qui la sous-tendent. L’Europe, avec ses faiblesses congénitales, ses divisions, son mode de gouvernance politique souvent illisible, n’apparaît pas dans la période actuelle, il faut bien le reconnaître, sous son meilleur jour aux yeux du reste du monde. Les peuples européens pour lesquels l’Europe se bâtit s’en détachent de plus en plus, encouragés par la montée des populismes.

Mais tu tiens bon, imperturbablement ! Ton action et ton discours n’ont pas varié du point de vue de l’objectif poursuivi qui est de valoriser nos atouts : la démocratie, une économie sociale de marché mise au service de tous, le progrès, la solidarité, la tolérance et le respect des différences de chacun qui font la richesse commune. Si tous les responsables politiques européens faisaient de même, nous aurions l’assurance que l’Europe évite le risque, comme a dit Paul Valéry, de devenir "ce qu’elle est en réalité, c'est-à-dire un petit cap du continent asiatique".

Noëlle Lenoir, Ancienne ministre

Présidente de l’Institut de l’Europe d’HEC

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Interview de Michel Barnier

Michel Barnier revient pour l'Institut de l'Europe sur les dix ans de l'Euro et les 20 ans du traité de Maastricht. Il s'exprime sur ce sujet à l'occasion de sa visite sur le campus à Jouy le 19 mars.

Institut de l'Europe: La crise actuelle met les citoyens grecs dans une situation des plus délicates. Comment rendre la dette grecque soutenable, et en tirer les leçons pour tous les pays de l'UE?

Michel Barnier: Tous les jours, les images de la Grèce nous font prendre la mesure des sacrifices énormes qui sont demandés à la population, avec par exemple une baisse du SMIC de 22%, et de 32% pour les jeunes.

L'Union dans son ensemble est consciente de ces sacrifices, et continue de son côté à prendre des mesures exceptionnelles en faveur de la Grèce. L'accord survenu entre les ministres des finances de la zone euro le 21 février a permis de débloquer un nouveau plan d'aide de 130 milliards d'euros. Et les créanciers privés ont accepté une décote de 53,5%. Cela confirme que l'avenir de la Grèce est dans la zone euro.

Cette situation critique confirme l'impérieuse nécessité d'une bonne gestion des finances publiques, en Grèce comme dans le reste de l'Union. Elle justifie aussi notre action en faveur d'une meilleure coordination économique et budgétaire et de réels mécanismes de stabilité et de solidarité au sein de la zone euro.

Institut de l'Europe: Nous fêtons les 20 ans du traité de Maastricht... Quel bilan en tirez-vous?

Michel Barnier: En 10 ans, l'euro s'est imposé comme une monnaie de référence au plan international. Il est utilisé chaque jour par des millions de consommateurs et d'entreprises. Il est et il restera l'un des principaux atouts de l'Europe.

En réalité, le problème n'est pas l'union monétaire mais la désunion économique. Nous sommes en train d'y remédier en nous dotant de mécanismes de coordination économique, d'un "pacte budgétaire", qui impliquera des règles strictes en matière de déficits publics et d'un mécanisme européen de stabilité, qui permettra de venir en aide aux pays en difficulté financière.

Institut de l'Europe: Cela fait 10 ans que l'euro est présent dans nos porte-monnaies. Il est de bon ton chez les citoyens de dire que les prix ont fortement augmenté. Que leur diriez-vous?

Michel Barnier: Les chiffres de l'inflation en Europe montrent que cette perception est erronée, même si certains produits, comme l'essence, ont vu leur prix augmenter beaucoup plus vite que la moyenne. Le passage à l'euro au 1er janvier 2002 a sans doute poussé certains commerçants à augmenter leurs prix, mais, passé cet effet de seuil, je suis persuadé que les prix auraient connu la même augmentation si nous avions conservé nos monnaies nationales.

Le vrai problème n'est pas le niveau des prix mais la croissance trop faible et le chômage, qui représente une baisse de revenus pour des millions d'Européens. C'est pour cela que notre effort de relance de la croissance par le marché intérieur est si important. Il est tout aussi important que les fruits de cette croissance soient équitablement répartis. Cela justifie par exemple les mesures que nous prenons pour encadrer les bonus et autres rémunérations totalement injustifiées de certains banquiers.

Institut de l'Europe: Pour 2012, quels vont être les grands sujets dont vous allez vous occuper?

Michel Barnier: Côté régulation financière, nous proposerons prochainement un cadre européen de prévention et de gestion des crises bancaires, qui doit nous permettre d'éviter que les contribuables soient à l'avenir mis une nouvelle fois à contribution pour réparer les erreurs des banques. Nous allons aussi mettre l'accent sur la protection des consommateurs, par exemple en exigeant plus de transparence sur les frais bancaires, et des informations claires et précises pour ceux qui investissent dans des produits financiers de détail. Enfin, nous prendrons des mesures pour réglementer le système bancaire parallèle.

Côté marché intérieur, je compte proposer avec mes collègues concernés une deuxième phase de l'Acte pour le marché unique, en proposant 12 nouvelles actions clés pour une croissance plus forte, mais aussi plus innovante, plus verte, plus durable et plus riche en emplois.

 

 

 



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