Un docteur d'HEC Paris décroche le prix de la meilleure thèse en sciences sociales 2016

24 novembre 2016

Auteur d'une thèse sur le fonctionnement des grands groupes d'audit mondiaux, Sébastien Stenger, PhD d'HEC Paris, a reçu le prix de la recherche 2016 du journal Le Monde. Son travail a été distingué pour sa contribution à la réflexion sur notre société. La remise des prix avait lieu le 23 novembre dans les locaux du grand quotidien national engagé depuis 19 ans, à travers ce prix, pour la promotion de la recherche universitaire.

Un jeune chercheur d'HEC décroche le prix de la meilleure thèse en sciences sociales 2016 - Sébastien Stenger

"Les thèses sont de véritables sondes ou carottages au cœur des transformations accélérées de notre société et de ses conditions de vie", explique le philosophe et sociologue Edgar Morin, président du jury pour les sciences humaines et sociales du Prix Le Monde de la recherche universitaire 2016.

Pour cette 19ème édition, les travaux de trois jeunes chercheurs ont été récompensés sur 200 thèses en sciences sociales, toutes disciplines confondues. Parmi ces lauréats figure Sébastien Stenger, diplômé de la Grande école en 2009 (Master in management ) et du doctorat en sciences de gestion d'HEC Paris en 2015. Dirigée par Françoise Chevalier, Professeur associé à HEC Paris, département Management et Ressources Humaines, sa thèse intitulée: "Pourquoi travaille-t-on dans un cabinet d’audit "Big Four"? Fonctions du système "up or out" : contrôle, compétition et prestige social", interroge les logiques de l’engagement des auditeurs des grands cabinets d’audit mondiaux.

 

C'est l'approche innovante et la forte pertinence sociétale de la recherche de Sébastien Stenger sur le rapport au travail qui a été salué. Pour le président du jury Edgar Morin, "l’angle de vue de chacune [des thèses lauréates], très particulier, nous amène à une réflexion globale sur les processus souvent inattendus, rarement conscients, jamais contrôlés, qui commandent notre devenir sociétal."

La thèse de Sébastien Stenger va prochainement être publiée au Presses universitaires de France. Celui-ci a bénéficié durant son doctorat d'une bourse de recherche de la Fondation HEC. Il nous expose dans le texte ci-dessous son travail de recherche.

Les « Big Four » (KPMG, Ernst & Young (EY), PricewaterhouseCoopers et Deloitte) sont les quatre plus grands groupes de conseil et d’audit au monde, proposant une multitude de services aux entreprises. Ils occupent une place importante dans le monde économique et constituent une carte de visite prestigieuse permettant d’accélérer les carrières professionnelles de ceux qui y travaillent. Analyser le fonctionnement de ces cabinets ainsi que les valeurs que partagent leurs membres offre un aperçu de l’éthique de cette élite des affaires au service du capitalisme, dont le succès auprès des jeunes recrues ne se dément pas.

Les carrières dans ces cabinets sont soumises à un dispositif de ressources humaines sélectif appelé « up or out » qui classe chaque année les salariés les uns par rapport aux autres et départage ceux autorisés à passer au grade supérieur de ceux invités à quitter le cabinet. Je montre que ces cabinets favorisent en interne une vie courtisane où la capacité à réseauter et à manipuler les relations informelles est essentielle pour faire carrière. Ces cabinets s’apparentent à une société de cour dans laquelle les interactions créent une « bourse aux valeurs » sur les réputations des individus et leur possible devenir. Dans cette « arène », les compétences techniques et la performance objective, difficilement mesurable, ne suffisent pas à attirer les regards sur soi. En revanche, le diplôme, les alliances tissées entre collègues, la manifestation d’un engagement corps et âme dans le travail sont des critères importants pour se différencier.

Je montre aussi que c’est davantage le prestige et l’idée élitiste de compétition qui attirent les salariés que le contenu du travail : le passage par un de ces cabinets a une fonction de distinction sociale qui donne aux individus le sentiment d’appartenir à une élite sélective. Les salariés partagent une disposition d’esprit agonistique formée au cours de leur socialisation scolaire en classes préparatoires et grandes écoles, dans laquelle le goût du classement, la capacité à résister au stress, à la fatigue, à une charge de travail très importante sont des signes de supériorité qui définissent la valeur de l’expérience. Le travail tend donc à être vécu comme un sport où, à défaut de convictions personnelles sur la valeur du métier, l’important est de gagner. Nous montrons également comment le rapport au travail se reconfigure à la sortie du cabinet, parfois mal vécue, en fonction du genre et de l’origine sociale et distinguons trois figures de cette reconversion : l’intégré-distancié, le forfait et le jobard.

Notre examen veut ainsi rendre plus lisible le modèle organisationnel vers lequel convergent de nombreuses entreprises où les processus de désignation et d’élimination par les pairs sont populaires, ainsi que ses effets et ses ressorts.

Sébastien Stenger

 
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