Entreprendre au Sénégal : une solution au développement

Elisabeth Gaydon, HEC Paris Alumni, Master´s degree in Sustainability and Social Innovation et Pauline Lebas, HEC Paris Alumni, Master´s degree in Sustainability and Social Innovation - 17 janvier 2018
Entreprendre au Sénégal : une solution au développement

Faute de travail, les Sénégalais sont obligés de se débrouiller pour générer leur propre revenu. Cet entrepreneuriat de survie pourrait être une chance pour le pays, s’il pouvait être le moteur de la création de PME capables de développer une activité pérenne. Pour brosser une cartographie des enjeux et des défis de l’entrepreneuriat au Sénégal, Pauline Lebas et Elisabeth Gaydon ont enquêté auprès d’acteurs variés, décloisonnant ainsi des univers fermés.

Gaydon Elisabeth

Diplômée d’HEC Paris en commerce international, Elisabeth a un intérêt marqué pour l'innovation et l'entrepreneuriat en Afrique. Elle a plusieurs expériences de mise en place de (...)

Lebas Pauline

Diplomée du Master in Management d'HEC Paris avec une spécialisation social business et développement durable, Pauline est passionnée par l'innovation sociale et l'entrepreneuriat (...)

Avec un taux de croissance démographique impressionnant de 3 % en 2016 (60 % de la population a moins de 25 ans), le Sénégal voit arriver chaque année de plus en plus de jeunes sur un marché du travail qui peine à leur faire une place. 74 % des jeunes diplômés et 41 % de ceux qui n’ont pas de formation sont au chômage. Plus généralement, seule une personne sur cinq travaille à temps plein dans le secteur formel  au Sénégal. Conséquence directe, de nombreux jeunes pensent que l’exil est leur seule issue. Face à l’inefficacité de l’aide au développement économique, l’entrepreneuriat, déjà très développé dans cette région du monde, pourrait pourtant constituer une vraie chance. Car ce pays, dont le taux de croissance du PIB dépassait déjà 6 % en 2016, a de nombreux atouts : exceptionnellement stable politiquement par rapport à ses voisins, il est une tête de pont dans la région en matière de nouvelles technologies, ce qui lui permet d’être l’un des pays les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest.

Des atouts pour entreprendre et investir au Sénégal

« Sur ce marché encore jeune, explique Pauline Lebas, des pans entiers de l’économie sont encore à construire : inutile d’aller chercher des business models compliqués, il y a peu de concurrence et il suffit de répondre à des besoins de base de la population ».

Deuxième atout, les sénégalais sont particulièrement bien connectés : 17,7 % d’entre eux avaient déjà accès à internet en 2014 et ils disposent presque tous d’un téléphone portable. Peu bancarisés à l’heure actuelle, ils adoptent facilement la monnaie digitale et les banques en ligne. Les solutions digitales sont par exemple particulièrement intéressantes pour les nombreux vendeurs de rue. De grandes entreprises comme Microsoft ne s’y trompent pas, elles sont en train de former les talents dont elles ont besoin pour s’installer à Dakar. Le groupe Sonatel (télécommunication), avec l'appui d’Orange, vient ainsi d’ouvrir une école de codage gratuite. Des incubateurs y sont déjà actifs et des investisseurs s’y installent.

Troisième atout, les sénégalais, comme la plupart de leurs voisins africains, font preuve d’une agilité, d’une créativité, d’une capacité à se réinventer et à « pivoter » extraordinaires. « Nous avons rencontré un jeune de 25 ans qui avait déjà créé une dizaine d’activités, évoque Pauline Lebas : il était passé de la vente de poules, aux œufs, puis au lait en porte à porte. Très agiles, ces entrepreneurs détectent un besoin et trouvent l’astuce qui leur permettra de compléter leurs revenus de la semaine ».

De nombreux défis à relever

En revanche, « ces jeunes qui ont des idées fantastiques pour développer leur économie et aider les populations peuvent avoir du mal à faire un business plan et à rentrer dans les grilles d’analyse des investisseurs », regrette Pauline Lebas. Il s’agit de les épauler, sinon leurs projets restent très locaux, avec un impact bien trop limité et une durée de vie trop brève. Les structures d’accompagnement, qui privilégient les entrepreneurs diplômés parlant bien français et maîtrisant les tableaux de bord doivent donc évoluer. « Le problème majeur n’est pas le tout premier financement, car les jeunes entrepreneurs sont capables de tester en « quick and dirty », poursuit Pauline Lebas. Les vraies difficultés arrivent dans un second temps : entre le microcrédit et les financements de sociétés d’investissement importantes comme Teranga , il n’y a rien ». Pour pallier ce manque, des fonds d’amorçage sont en train d’émerger dans le pays. Mais d’autres freins limitent encore le développement économique :

 • Une fiscalité inadaptée et une économie informelle importante qui limitent le développement d’une vision stratégique à long terme ; 

• Le coût du financement, les routes de mauvaise qualité et l’absence de voies ferrées qui empêchent les entreprises de desservir les populations hors de Dakar ;

• Les problèmes de délestage qui privent d’électricité et rendent difficile la vente de produits frais.

Gageons cependant que les travaux tels que ceux de Pauline Lebas et Elisabeth Gaydon aideront à une compréhension globale de la situation et permettront de mettre en œuvre des solutions adaptées !


D’après une interview de Pauline Lebas et l’article « Défis et enjeux de l’entrepreneuriat au Sénégal », Mémoire de Thèse, de Pauline Lebas et Elisabeth Gaydon.

Contact: pauline.lebas@hec.edu et elisabeth.gaydon@hec.edu

Applications pratiques
Applications pratiques

Les travaux d’Elisabeth Gaydon et Pauline Lebas offrent aux investisseurs une perspective terrain qui leur fait généralement défaut. À Dakar, les étudiants en master qui hésitent à se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat lisent quant à eux le mémoire des deux chercheuses pour anticiper et contourner les difficultés, en particulier pour réfléchir à des solutions de financement et d’accompagnement. Plus généralement, leur travail offre à tous une perspective globale, qui permet de comprendre la situation et, ainsi, de trouver des solutions adaptées aux enjeux du pays.

Méthodologie
Méthodologie

Dans le sillage d’une immersion à Dakar et dans différentes régions du Sénégal, Pauline Lebas et Elisabeth Gaydon réalisent 37 interviews auprès d’entrepreneurs, de structures d’accompagnement et de financement privées et d’institutions internationales (à Dakar, Thiès, Djilor et Paris).