L’investissement à impact social : vers une démocratisation de l’énergie solaire en Afrique

Mónica Moncayo Escobar, HEC Paris Alumni, Master´s degree in Sustainability and Social Innovation - 16 mai 2017
L’investissement à impact social : vers une démocratisation de l’énergie solaire en Afrique

L’Afrique subsaharienne manque cruellement d’infrastructures énergétiques. De fait, l’énergie solaire s’impose de plus en plus comme un moyen d’éclairage pour les populations n’ayant pas accès au réseau d’électricité. Forte de ce constat, Mónica Moncayo Escobar, étudiante du MSc Sustainability and Social Innovation à HEC Paris, a décidé de consacrer son mémoire au rôle de l’investissement à impact social dans le financement de solutions énergétiques.

Moncayo Escobar Mónica

Mónica Moncayo a étudié l'économie et l'administration des affaires à l'Université de Los Andes et détient un Master degree "Sustainability and Social (...)

Aujourd’hui, 1,2 milliard de personnes à travers le monde sont dépourvues d’accès à un système électrique fiable. Parmi elles, plus de 53 % vivent en Afrique subsaharienne. Aussi, Mónica Moncayo Escobar rapporte qu’une majorité a recours à des groupes électrogènes qui fonctionnent au kérosène, un produit cher, dangereux et nocif pour l’environnement. Selon elle, l’absence de lignes électriques s’explique principalement par un manque de routes revêtues, et ce, même en zones urbaines. Puisqu’en Afrique subsaharienne le rayonnement solaire est 52 à 117 % plus important qu’en Europe centrale, Mónica Moncayo cherche à comprendre comment les systèmes photovoltaïques peuvent peu à peu prendre le rôle de fournisseurs d’électricité alternatifs dans toute la région.

Une énergie solaire facturée à la consommation 

Dans son mémoire, Mónica Moncayo rappelle que l’exploitation de l’énergie solaire grâce à des accumulateurs hors réseau est loin d’être une nouveauté en Afrique. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement considère en effet que les solutions d’éclairage hors réseau constituent un « marché de plusieurs milliards de dollars ». De nos jours, les systèmes solaires à usage domestique sont plus que monnaie courante dans la région. Équipés de panneaux solaires de 20 à 50 W, ces dispositifs fiables permettent d’alimenter des ampoules LED et de charger une batterie. Mais comment les populations pauvres de l’Afrique subsaharienne peuvent-elles se procurer de tels appareils ? Lors de ses recherches, l’étudiante s’est aperçue que les entreprises d’électricité hors réseau avaient adapté leur business model à leurs clients. C’est ainsi que la facturation à la consommation et la location avec option d’achat (LOA) ont élargi l’accès à l’énergie solaire pour la modique somme de 50 centimes par jour. Un des fournisseurs les plus renommés, la startup BBOXX créée en 2010, a vendu plus de 85 000 de ses solutions, soit 425 000 clients dans plus de 35 pays. Ces installations solaires domestiques ont reçu un très bon accueil auprès des populations les plus démunies en ce qu’elles représentent un gain de temps et d’argent conséquent. L’étudiante note en effet que le kérosène est non seulement plus onéreux pour un éclairage de qualité moindre, mais qu’il suppose également de parcourir de longues distances, jusqu’à deux fois par semaine, pour recharger son téléphone dans un village.

Un manque de financement

Le principal problème que posent les systèmes d’électricité actuels est qu’ils nécessitent un financement en amont de leur mise en service. Mónica Moncayo relate que le délai de recouvrement pour une installation avoisine les 18 mois. Et pour qu’une entreprise parvienne à une certaine stabilité financière, elle doit vendre beaucoup et se développer rapidement. Ainsi, même si elle réussit à accroître son activité en peu de temps, il peut lui être difficile de rembourser un prêt à court terme uniquement avec ses recettes. Or, comme l’explique l’étudiante, les initiatives caritatives, financements publics, banques, sociétés de capital investissement et capitaux-risques ne sont pas de taille, ou disposés, à répondre aux besoins de financement de l’énergie hors réseau de l’Afrique subsaharienne. Elle s’est donc intéressée à la façon dont les investissements à impact social (ou investissements d’impact) pouvaient permettre de former un pont entre les populations et l’électricité hors réseau.

Guillemet
En 2015, sur les 16,1 milliards de dollars d’investissements d’impact réalisés en Afrique de l’Ouest et de l’Est, 4,2 milliards de dollars ont été alloués au secteur énergétique

L’investissement à un impact social, une réelle avancée

Les investissements d’impact sont des investissements dans des entreprises, organisations ou fonds ayant pour but d’avoir un impact social et/ou environnemental positif, tout en étant rentables sur le plan financier. Selon Mónica Moncayo, en 2015, sur les 16,1 milliards de dollars d’investissements d’impact réalisés en Afrique de l’Ouest et de l’Est, 4,2 milliards de dollars ont été alloués au secteur énergétique. Elle précise que la plupart de ces investisseurs n’ont pas financé des solutions hors réseau. Ceux qui l’ont fait sont de grandes banques multilatérales de développement, des institutions financières de développement, des fonds d’investissement d’impact et des entreprises adeptes de l’investissement d’impact. La mobilisation de ces acteurs suscite désormais l’intérêt d’investisseurs plus traditionnels dans les opportunités qu’offrent les systèmes hors réseau. 

L’investissement d’impact, bien plus qu’un simple financement

Mónica Moncayo souligne que la contribution principale des investisseurs d’impact n’est pas monétaire. Premièrement, ils participent considérablement au développement et à la démocratisation des systèmes énergétiques hors réseau. De plus, ils attirent de nouveaux investisseurs qu’ils mettent en relation avec de nombreux fournisseurs, à vocation sociale ou non. Car l’investissement d’impact est une démarche non pas compétitive mais coopérative, le capital peut être cumulé en un co-investissement pour des coûts de transaction réduits. En outre, les investisseurs d’impact peuvent fournir aux entreprises hors réseau une assistance technique et leur permettre de nouer de nouveaux contacts professionnels. Les investisseurs peuvent s’impliquer dans la gouvernance des entreprises afin de les aider à préserver leurs objectifs sociaux. À travers l’étude de l’impact de leurs financements, les investisseurs disposent des informations nécessaires pour améliorer encore davantage la précieuse activité de ces entreprises. De manière générale, l’introduction du capital des investisseurs d’impact et de nouvelles pratiques de gestion renforce et valorise l’ensemble du secteur hors réseau.

L’électricité accessible à tous d’ici 2030 

Dans leur rapport de 2011, « Energy For All- Financing Access For The Poor », l’OCDE et l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) annoncent que 48 milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires chaque année pour que le monde entier ait accès aux énergies propres d’ici 2030. Mónica Moncayo constate, dans son mémoire, que l’Afrique subsaharienne représentant 80 % des besoins en électrification, elle nécessite à 5,6 milliards de dollars d’investissements annuels. S’appuyant sur les chiffres de l’organisme de recherche Bloomberg New Energy Finance, l’étudiante estime que les investissements d’impact émis dans le secteur de l’électricité hors réseau en 2015 culminent à 188 millions de dollars. Cela n’équivaut qu’à 3,3 % du montant prévu dans le rapport de l’OCDE pour cette même année. D’après les extrapolations de l’augmentation des investissements d’impact dans les années à venir, elle prédit que d’ici 2030, les investissements d’impact dans le secteur de l’électricité hors réseau en Afrique subsaharienne pourront financer 44 % du budget annuel visé dans le rapport de l’OCDE. Et cela devrait représenter moins de 1 % des investissements d’impact totaux que l’organisation à but non lucratif Global Impact Investing Network a évalué à plusieurs billions de dollars pour 2025.

Ainsi, l’analyse de Mónica Moncayo Escobar met en exergue le pouvoir des investisseurs à impact social, véritables vecteurs de l’économie mondiale, agissant en première ligne pour relever les défis du monde actuel.

D’après le mémoire de Mónica Moncayo Escobar, « Role of impact investing in financing access to energy for off-grid populations in Sub-Saharan Africa », s’inscrivant dans le cadre de son MSc Sustainability and Social Innovation à HEC Paris, en 2017