Corporate Venture capital : Les Facteurs clés du Succès

Corey Phelps, Professeur de Stratégie et Politique d'Entreprise - 15 juillet 2011
Corporate Venture capital: argent faisant naître des pousses d'arbre

Les entreprises établies peuvent explorer des idées nouvelles par le biais d'opérations de corporate venture capital (CVC). Elles ont recours à cette stratégie lorsqu'elles sont soumises à une pression concurrentielle intense et disposent de ressources technologiques, marketing et du réseau susceptibles d'intéresser les start-ups. 

Corey Phelps ©HEC Paris

Corey Phelps est professeur de stratégie et politique d'entreprise à HEC. Sa recherche s’intéresse aux alliances stratégiques, aux fusions et acquisitions et aux prises de (...)

Voir le CV

Les activités de private equity ayant connu un développement fulgurant dans les années 1990, d'autres acteurs que les spécialistes traditionnels du capital-risque se sont mis à investir dans les startups, notamment de grandes entreprises comme AOL ou Intelet des laboratoires pharmaceutiques tels que GlaxoSmithKline et Merck. Cette démarche répond à un objectif stratégique: se tenir au courant des dernières nouveautés en termes de business models, de marchés et de changements technologiques. Le volume de ces investissements a suivi le cycle du private equity: croissance rapide à ses débuts, puis ralentissement brutal plus récemment. Quels sont les motivations, les moyens et les opportunités qui poussent certaines entreprises à se lancer dans des opérations de CVC.

LA PRESSION CONCURRENTIELLE

Corey Phelps et ses collègues commencent par se pencher sur la situation concurrentielle des entreprises séduites par le CVC. "Dans un secteur où la concurrence est intense, les acteurs nombreux et les marges faibles, le besoin de chercher de nouvelles sources de création de valeur est beaucoup plus pressant, explique-t-il. Il en va de même des secteurs marqués par un changement technologique rapide, où la R&D joue un rôle clé, comme l'électronique ou les télécommunications." Dans ces contextes, les partenariats de CVC représentent une approche stratégique flexible, permettant de s'ouvrir rapidement une fenêtre sur des opportunités de croissance incertaines. Cela permet aussi de répartir les risques entre différentes initiatives externes représenta nt chacune un engagement modeste. Sans surprise, l'étude des chercheurs confirme ainsi l'hypothèse selon laquelle le changement technologique, mesuré par le ratio R&D/chiffre d'affaires, est corrélé positivement avec la formation de partenariats de CVC. Elle révèle également un troisième facteur lié à la sécurité de la propriété intellectuelle: "Si, précise Corey Phelps, les mécanismes destinés à protéger les inventions ne sont pas très efficaces, les entreprises ont tout intérêt à commercialiser rapidement leurs idées", ce qui les pousse à former des partenariats de CVC. 

LE RÔLE DES RESSOURCES NON FINANCIÈRES

La qualité des ressources dont dispose l'investisseur potentiel- en dehors de son apport financier (ce dernier étant également offert par les capital-risqueurs indépendants) influence elle aussi les opportunités et les motivations d'investissement dans de jeunes entreprises. "Les ressources technologiques comme le matériel de production, les équipes de R&D, la connaissance d'un marché ou encore le fait d'avoir des juristes spécialisés dans la propriété intellectuelle, constituent autant d'avantages précieux aux yeux des entrepreneurs. Les entreprises possédant ce type de ressources sont également mieux placées pour négocier et, en général, cela leur permet de payer moins cher leur prise de participation", précise Corey Phelps. Elles ont également tout intérêt à utiliser leurs capacités excédentaires, comme des circuits commerciaux utilisés seulement à 80 %, ou le temps que leurs ingénieurs pourraient consacrer à de nouveaux projets. Là encore, sans surprise, les chercheurs aboutissent à la conclusion que le fait de posséder des ressources technologiques et marketing considérables [mesurées par l'Importance du portefeuille de brevets et des dépenses publicitaires) est positivement corrélé avec la formation de partenariats CVC. L’étude montre aussi que la diversité de l'expérience acquise à l'occasion de ces investissements engendre des retombées positives, "Dans la plupart des activités de CVC, plusieurs investisseurs partagent le risque et apportent leur expertise à la start-up, explique Corey Phelps Cela crée entre eux un réseau social d'affiliation et leur permet d'accéder à une information précieuse, surtout en matière de nouvelles opportunités" De fait, à mesure que les entreprises Investissent dans divers secteurs, elles se rapprochent du centre des réseaux sociaux du capital-risque, et facilitent leur accès à de nouveaux partenariats de CVC. 

LES ENTREPRISES LES PLUS RICHES EN RESSOURCES NESONT PAS TOUJOURS LES PLUS RÉACTIVES

L’étude montre également que l'interaction entre les deux principaux facteurs de succès (la situation concurrentielle de l'investisseur et les ressources dont il dispose) produit un effet Inattendu On pourrait penser que les entreprises les plus riches en ressources, capables d'exploiter davantage d'opportunités d'investissements, sont plus actives que leurs homologues dans un environnement très concurrentiel, mais l'étude révélé le contraire, Paradoxalement, lorsque les turbulences concurrentielles s'intensifient, les entreprises les  plus riches lancent moins d'initiatives d'exploration stratégique, 'les entreprises ont souvent tendance à s'accrocher à ce qu'elles ont fait par le passé, de sorte qu'au lieu de repenser leur stratégie pour s'adapter, elles persistent quand le contexte change, En fait, généralement, plus une entreprise est riche, plus elle est léthargique 1 Par exemple, Della toujours vendu beaucoup de PC aux professionnels, alors que la croissance de ce marché est nulle depuis des années, La société continue à concentrer tous ses efforts sur les professionnels, qui n'attachent aucune Importance au design, alors que le marché qui se développe est celui des consommateurs qui y sont sensibles", explique Corey Phelps

D'après un entretien avec Carey Phelps et l'article "Towards understandinq who makes corporate venture capital investments and why", co-écrit avec Sandip Basu et Suresh Kotha, Journal of Business Venturing   n° 26, 2011  

LES APPLICATIONS PRATIQUES
LES APPLICATIONS PRATIQUES

Les entreprises désireuses d'investir doivent se montrer très systématiques en ce qui concerne l'évaluation de leurs ressources: de quel excédent de capacité disposent-elles et comment peuvent-elles exploiter cet avantage pour attirer des partenaires potentiels? Cette analyse doit porter sur les actifs technologiques et marketing spécifiques qu'elles peuvent offrir en tant qu'industriels, puisque les capital-risqueurs indépendants avec lesquels elles sont en concurrence offrent déjà le capital financier. Il est par ailleurs important d'évaluer honnêtement les coûts et bénéfices de l'opération. En effet, certains investisseurs, victimes de la pensée unique, ne se lancent que parce que tout le monde le fait. "Les entreprises ont tendance à entrer dans le marché du capital-risque tardivement et à en ressortir précocement, on ne saurait imaginer une plus mauvaise stratégie", avertit Corey Phelps. Dernier conseil: les entreprises candidates à ce type d'investissement doivent, au moins autant que les start-ups, convaincre les capital-risqueurs professionnels qu'elles sont capables de tenir leurs promesses. La majorité des investissements VC regroupant plusieurs partenaires, ces entreprises doivent, si elles veulent se frayer une place au sein de réseaux d'investisseurs qui se connaissent tous, commencer par vaincre le préjugé selon lequel elles apporteraient de "l'argent idiot". 

MÉTHODOLOGIE
MÉTHODOLOGIE

L'étude porte sur la formation de nouveaux partenariats de CVe. Elle a été réalisée à partir d'un échantillon de 477 entreprises du Fortune 500 (palmarès 1990) opérant dans plus de 300 secteurs d'activité. Parmi elles, 83 avaient formé ce type de partenariat, réalisant au total 1860 investissements pour un total de 7,7 milliards de dollars entre 1990 et 2000 - période choisie en raison du nombre élevé d'entreprises ayant réalisé ce type d'investissements et du volume moyen de ces derniers.