Développement Durable : Quel pilotage dans les entreprises du CAC 40 ?

Diane-Laure Arjaliès, Professeur de Comptabilité et Contrôle de Gestion - 15 mars 2014
un cité vert - développement durable

Le développement durable suscite de nombreux espoirs pour les entreprises : terreau des innovations de la prochaine décennie,matière à révolutionner les modèles d’affaires et levier de croissance économique… Mais qu’en est-il vraiment ? Pour comprendre comment les entreprises intègrent cette thématique dans leur pilotage interne et quelles bénéfices elles en tirent, Diane-Laure Arjaliès et Julia Mundy ont étudié le pilotage de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) / développement durable (DD) dans les entreprises du CAC 40.

Diane-Laure Arjaliès ©HEC Paris

Diane-Laure Arjaliès était professeur au département comptabilité et contrôle de gestion à HEC Paris entre 2010 et 2015. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences de (...)

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La RSE donne aux entreprises de la légitimité, améliore leur image et fédère les collaborateurs. Mais comment est-elle mise en œuvre au plan opérationnel ? Et comment le contrôle de gestion s’est-il saisi de cette question ? L’étude de Diane-Laure Arjaliès et Julia Mundy montre que les multinationales du CAC 40 ont toutes intégré la problématique RSE/DD dans leurs processus de contrôle interne. Elles ont mis en place des indicateurs, tiennent compte de ces enjeux dans leurs rapports avec leurs filiales et sous-traitants et anticipent les lois à venir sur les émissions de CO2 et la réduction de la pollution.


RSE/DD : UNE APPROCHE PAR LES RISQUES 

Pourtant, en matière de pilotage, la RSE et le développement durable sont d’abord appréhendés comme un risque. C’est logique : c’est l’approche naturelle du contrôle de gestion (et du pilotage interne). Il s’agit donc d’abord, pour les multinationales du CAC 40, de se mettre en conformité avec de nouvelles normes et de respecter des exigences législatives. Ce sont avant tout des contraintes à gérer. Par exemple, pour de nombreuses entreprises, la perspective de la taxe carbone représente un coût supplémentaire ; il est ainsi difficile pour un cimentier d’y voir un vecteur d’innovation. La prise en compte des notions de développement durable et d’éthique par la société crée de nouveaux risques pour ces multinationales, dans la mesure où des facteurs extrafinanciers peuvent désormais avoir un impact fort sur leur performance. Cette posture, selon la façon dont elle est vécue, peut aussi bien freiner l’innovation que pousser au changement.


guillemet
Les entreprises du CAC 40 veillent à ne pas manquer les opportunités de croissance qu’offrent la RSE et le développement durable.




DES PROCESSUS POUR SAISIR LES OPPORTUNITÉS D’INNOVATION DU RSE/DD

Les processus de contrôle interne, parce qu’ils favorisent la communication, le reporting, l’identification des menaces et des opportunités, et par là les innovations, peuvent soutenir l’atteinte des objectifs RSE/ DD, montrent les chercheuses. Et les entreprises du CAC 40 veillent à ne pas manquer les opportunités de croissance qui pourraient naître de la RSE et du développement durable. Elles favorisent les groupes de travail en la matière, mettent en place des outils de partage en ligne, des processus interactifs bottom/up  où des espaces d’expression sont créés dans le cadre des frontières définies par la direction... Toutefois, pour le moment, ces initiatives n’ont pas débouché sur des innovations significatives dans tous les secteurs d’activité et aucune entreprise du CAC 40 n’a encore renouvelé sa stratégie grâce au développement durable. En réalité, ces multinationales cotées ont déjà tellement de contraintes financières à court terme qu’il leur est sans doute plus difficile que d’autres (plus petites et/ ou non cotées) d’en tirer pleinement profit.


DES APPROCHES VARIÉES, MAIS À L’EFFICACITÉ ENCORE MODESTE

La typologie de l’entreprise industrielle/service n’a guère d’impact sur sa capacité à générer des innovations à partir du développement durable, observent les chercheuses (toutefois, certains secteurs d’activité le permettent davantage). En termes de pilotage, deux approches coexistent sans que l’une soit plus performante que l’autre : certaines entreprises ont intégré l’approche du développement durable aux processus existants, ce qui peut les amener à le négliger en période de fortes contraintes. L’existence d’un pilotage spécifique a l’avantage de le rendre visible et de lui allouer un budget propre, mais peut le marginaliser. De même, certaines entreprises ont une approche décentralisée, d’autres centralisées, sans que ça n’ait d’impact flagrant sur leur performance en matière de RSE/DD. Finalement, analysent les chercheuses, les processus de pilotage budgétaire, en favorisant le reporting et l’identification des menaces et des opportunités, peuvent générer des changements, et par là, des innovations soutenant l’atteinte des objectifs de développement durable. Mais elles restent encore parcellaires, souvent limitées à des approches à court terme alignées avec des impératifs financiers (comme la réduction des coûts et des déchets) plutôt que tournées vers des investissements stratégiques, qui nécessiteraient un engagement à plus long terme.


D’après un entretien avec Diane-Laure Arjaliès et l’article “The use of management control systems to manage CSR strategy: a levers of control perspective” coécrit avec Julia Mundy, publié dansManagement Accounting Research  n o 24, 2013).

APPLICATIONS PRATIQUES
APPLICATIONS PRATIQUES

L’étude menée par Diane-LaureArjaliès et Julia Mundy permet de mieux comprendre comment les multinationalesdu CAC 40 intègrent la RSE et le développement durable à travers leur systèmede pilotage, et comment le contrôle de gestion peut favoriser l’atteinte de cesobjectifs. Elle pourra, entre autres, inspirer le législateur qui s’interrogesur les leviers à utiliser pour favoriser le développement de ces approches,encore limitées aujourd’hui.

MÉTHODOLOGIE
MÉTHODOLOGIE

Diane-Laure Arjaliès et JuliaMundy élaborent, pour chaque entreprise du CAC 40, un questionnaireparticulier, conçu à partir d’une analyse de ses pratiques et de son approchedu développement durable. Cette analyse est réalisée en collaboration avec leservice Analyse et Recherche Socially Responsible Investment d’une sociétéd’investissement française. Les chercheuses exploitent les résultats enutilisant le cadre LOC de Simons, qui distingue les systèmes de contrôleutilisés par les managers pour mettre en place une stratégie : les processusdiagnostic (de contrôle top/down), les processus interactifs ( bottom/up), lesrisques et les opportunités, ainsi que les frontières et les systèmes decroyances.