Comment Associer Bien-être et Actions des Entreprises ?

Rodolphe Durand, Professeur de Stratégie et Politique d'Entreprise - 21 février 2017
Comment épouser le bien-être en entreprise ? - ©Fotolia - gustavofrazao

Dans le cadre de la conférence « Measuring Business Impacts on People’s Well-being »  de l'OCDE à Paris le 23 et 24 février, le Centre Society And Organizations (SnO) d'HEC Paris, débattra l'intérêt que présente la création d'un système d'indicateurs pour mesurer la responsabilité sociale des entreprises. Une importante délégation du centre d'HEC Paris participera aux trois ateliers prévus qui réunit un éventail varié d'acteurs venus du monde entier.

Rodolphe Durand ©HEC Paris

Professeur de Stratégie, Rodolphe Durand a rejoint HEC Paris en 2004. Diplômé d’HEC [MSc et Doctorat] et de la Sorbonne [mastère en philosophie], il est également détenteur (...)

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La lutte contre la pauvreté est le combat fondamental du XXIème siècle. Les dérives du capitalisme financier ont accru les disparités d’accumulation de richesse et le post-capitalisme technologique qui se profile est gros de promesses autant que de risques pour les sociétés humaines.

Les études convergent pour démontrer que la lutte contre la pauvreté et pour le bien-être passe par l’accès à l’emploi qu’il soit de l’auto-entrepreneuriat ou en lien avec des organisations existantes. Mais les prescriptions des économistes s’arrêtent à ce constat. En tant qu’école de management, nous pensons que nous pouvons aller plus loin et répondre aux autres questions :  quel capitalisme pour demain ? avec quelles organisations ? pour quel bien être ?  Le management –et plus exactement la science des organisations ou orgologie que je défends—est une partie de la réponse concrète à ces interrogations, à côté des politiques publiques nationales et internationales.

Intégrer des dimensions englobantes dans l'entreprise

Tout d’abord, pour passer à ce capitalisme du bien-être, les entreprises doivent mieux intégrer les demandes et les attentes de leurs parties prenantes. Leurs employés bien entendu, leurs clients évidemment, mais au-delà leurs fournisseurs, l’environnement naturel, la société civile. Intégrer au sein du projet de l’entreprise des dimensions plus englobantes que celles caractéristiques du capitalisme financier est la première étape qui permet de penser et d’agir sur le bien-être collectif des personnes affectées par l’activité de l’entreprise. Le management n’est plus une discipline technique d’optimisation financière, il est le levier qui permet l’inclusion d’intérêts tantôt contradictoires et souvent compatibles.
L’ouverture à des finalités plus inclusives n’est possible pour les entreprises que si l’évaluation des impacts sociaux (et environnementaux) s’améliore. Les parties prenantes, et notamment les investisseurs, doivent pouvoir comprendre les projets plus englobants des entreprises et mesurer si leurs actes sont alignés avec les missions affichées.  L’évaluation des impacts sociaux est encore balbutiante. L’abondance de critères et de méthodes spécifiques empêche la convergence et la comparabilité des évaluations portant sur les actions et les stratégies des entreprises, jetant dans le même sac les entreprises qui s’engagent et font beaucoup en le disant peu et les professionnels des relations publiques qui font peu et communiquent beaucoup. Aussi, la standardisation des indicateurs d’impact social est un enjeu et une étape cruciale de la responsabilisation des acteurs économiques à but lucratif ou non.

Une année charnière exige une nouvelle vision

Enfin, pour que les pratiques qui améliorent la vie des employés, des clients, et des concitoyens se diffusent ou accroissent encore leurs effets bénéfiques, il faut penser au-delà de l’évaluation des impacts socio-environnementaux. Il faut œuvrer à ce que le retour positif apporté à la collectivité humaine puisse être valorisé et que l’entreprise puisse être rétribuée en retour – non seulement de façon symbolique par le truchement de classements qui améliorent sa réputation en tant qu’employeur ou fournisseur, mais également par la mise en place d’avantages monétisables qu’il reste à identifier et diffuser. Ces avantages pourraient prendre la forme d’accès facilité au crédit, de coûts d’émission de titres réduits, de systèmes assurantiels favorables à proportion du bien-être généré et de la contribution à la réduction de risques systémiques à long terme.Le centre SnO s’engage dans l’étude de ces processus et mécanismes qui fondent une nouvelle vision d’un capitalisme plus engagé. Les ateliers de réflexion menés avec l’OCDE « Measuring Business Impacts on People’s Well-being » s’inscrivent dans l’effort conjoint d’allier des politiques publiques à une vision renouvelée de l’impact des entreprises sur notre patrimoine commun, la Terre et les sociétés humaines. En cette année 2017 que bien des historiens jugeront peut-être comme charnière dans la bascule vers une nouvelle ère politico-économique, nous sommes les porteurs de l’espoir d’un capitalisme plus intégrateur et responsable.


Plus d'information sur la Conférence du 23-24 février

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