Comment la Finance peut aider à relever les défis de la société de demain?

Rodolphe Durand, Professeur de Stratégie et Politique d'Entreprise et Bénédicte Faivre-Tavignot, Professeur Affilié de Stratégie et Afshin Mehrpouya, Professeur de Comptabilité et Contrôle de Gestion - 31 août 2016
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Comment la Finance peut aider à relever les défis de la société de demain?

Rodolphe Durand ©HEC Paris

Professeur de Stratégie, Rodolphe Durand a rejoint HEC Paris en 2004. Diplômé d’HEC [MSc et Doctorat] et de la Sorbonne [mastère en philosophie], il est également détenteur (...)

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Professeur Affilié de Stratégie ©HECParis

Professeur Affilié de Stratégie, Bénédicte Faivre-Tavignot est également en charge de la direction exécutive du Centre Society and Organizations. Ancienne Directrice (...)

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Afshin Mehrpouya @HECParis

Afshin Mehrpouya est professeur au département comptabilité - contrôle de gestion à HEC Paris, dont il a rejoint les rangs en 2011. Il est titulaire d’un doctorat en médecine de (...)

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Partout dans le monde, ces trente dernières années ont été marquées par une extension rapide de la taille et du périmètre du secteur financier. Les investisseurs tels que les fonds de pension, les fonds souverains ou les compagnies d’assurance ont pris une ampleur sans précédent et ont acquis un pouvoir d’action non seulement en tant qu’investisseurs, mais aussi en tant qu’acteurs politiques internationaux. De la même façon, la croissance des sociétés traditionnelles du secteur financier, telles que les gestionnaires d’actifs, a largement dépassé celle des secteurs des produits et des services. A ce développement considérable s’est ajouté une progression rapide du pouvoir et des droits des investisseurs dans les sociétés, que ce soit à travers leur représentation au sein des conseils d’administration et leur rôle dans la définition de l’ordre du jour des assemblées générales de ces sociétés. En outre, de par les processus de titrisation, la plupart des aspects des sociétés humaines, allant des catastrophes naturelles à l’endettement des ménages en passant par les sites du patrimoine, les terres ou les biens de consommation essentiels tels que les produits alimentaires de base, peuvent aujourd’hui être vendus comme des produits financiers et sont donc affectés par les marchés financiers.

Cette explosion de l’ampleur et de l’envergure des investissements s’est accompagnée d’une montée des pressions s’exerçant sur les détenteurs d’actifs et les sociétés de gestion d’actifs, afin qu’ils réagissent face aux crises mondiales telles que le changement climatique, la raréfaction des ressources en eau, la corruption ou l’accès aux droits de l’Homme les plus essentiels. Un nombre toujours plus important d’investisseurs tient compte de ces signaux d’alerte et a rejoint un mouvement mondial : celui de l’ « investissement socialement responsable» qui a pour but d’éveiller les consciences par rapport aux enjeux environnementaux et sociaux dans le monde de l’investissement. Certains ont alors associé leurs capitaux financiers à une responsabilité sociale et environnementale accrue. D’autres pointent le lien entre les crises environnementales et sociales et leur coût économique sur le long terme pour justifier un engagement dans la résolution de problèmes environnementaux et sociaux.Par exemple, un an après la COP21, le risque de dépréciations d’actifs au niveau des projets qui contribuent au changement climatique a nettement augmenté. Malgré ce progrès, lors des débats et activités dans ce domaine, la voix de millions d’individus concernés, dont les bénéficiaires de pensions de retraite ou de polices d’assurances, mais aussi la clientèle financière, attend toujours d’être entendue. Ils sont de plus en plus nombreux à souhaiter réorienter leurs investissements de manière plus directe pour servir certains objectifs, et non seulement l’habituel retour sur investissement, et disposent aujourd’hui de rapports fiables sur la façon dont leur gestionnaire d’actifs utilise leur épargne. 

Par ailleurs, alors que les investisseurs institutionnels bénéficient de pouvoirs et d’une influence qui se développent très vite, des pans entiers de nos sociétés humaines manquent toujours d’un accès aux services financiers de base tels que les virements d’argent ou les prêts. Lorsqu’ils sont proposés de manière responsable et équitable et qu’ils évitent le surendettement, ces services financiers s’avèrent essentiels au développement économique. Des entrepreneurs des pays émergents sont à l’origine du développement de plusieurs organismes financiers qui visent à proposer des services financiers à ceux qui en ont désespérément besoin. Les sociétés de micro-finance font partie des premiers organismes à avoir permis aux communautés les plus défavorisées d’accéder au crédit. Les plateformes de financement participatif se développent et sont en passe de devenir une nouvelle source de financement du développement des économies émergentes. Enfin, l’impact investing constitue également une source d’investissement en pleine expansion : il  contribue à la résolution des grandes problématiques sociétales tout en garantissant des retours sur investissement compétitifs.

Tous ces phénomènes montrent que nous traversons une période atypique en termes d’interactions finance-société qui génèrent un potentiel considérable de mobilisation de capitaux financiers au service de l’intérêt général. Ce potentiel est généré en partie par une responsabilisation des grands investisseurs quant à l’impact sociétal de leurs activités, et en partie par les activités entrepreneuriales aux marges des marchés financiers traditionnels, qui visent à donner des moyens d’action aux communautés laissées pour compte. Et ces deux moteurs du développement n’en sont qu’à leurs débuts…

Nous avons tous besoin d’une Finance qui contribue au bien commun, au bien-être des êtres humains dans leur ensemble, qui favorise la croissance sans saper les perspectives à moyen et à long terme de nos sociétés.

A HEC Paris, par le biais du Centre Society & Organizations, nous étudions les processus évoqués ci-dessus pour déceler leur potentiel dans une démarche de responsabilisation des centres financiers et/ou de création de moyens d’action pour les populations marginalisées. L’événement Finance4Good illustre lui aussi en quoi ensemble, universitaires, étudiants, praticiens et anciens élèves, pouvons contribuer à comprendre ces transformations et devenir acteurs du changement. 

Je m'incris à l'événement!