En route vers le « job le plus sexy du XXIe siècle ?

18 avril 2017
En Route For The “Sexiest Job Of The 21st Century?

Le Big Data constitue un défi majeur pour des secteurs d'activité ou industries tels que l'aéronautique, les transports, le conseil, la banque et l'assurance, l'énergie, les télécommunications et, bien sûr, le numérique, le commerce électronique et les médias. 3 milliards d'utilisateurs d'Internet génèrent 50 trillions d'objets de données par seconde, et ce chiffre devrait être multiplié par 40 d'ici 2020. Le développement des compétences en matière d'analyse de données est donc devenu une nécessité pour les entreprises et les dirigeants d’aujourd’hui. Pour répondre à ce besoin, HEC Paris ouvre en septembre 2017 un nouveau master commun avec l’École Polytechnique dédié au Big Data pour les entreprises. Il fournira aux étudiants les outils nécessaires pour transformer les données en connaissances utiles et en décisions stratégiques. Après tout, même la revue Harvard Business Review  a qualifié la science des données de « job le plus sexy du XXIe siècle »…

Ce master s'appuie sur une série de cours existants ayant permis à HEC Paris de devenir un leader de l'enseignement interdisciplinaire en matière de science des données . Le « Quatrième paradigme » du monde scientifique complète les domaines de l'analyse des données (statistiques, analyse prédictive et exploration des données). Des professeurs comme Peter Ebbes et Gilles Stoltz enseignent ces sujets depuis des années à HEC Paris. Les deux enseignants-chercheurs et membres du groupe de recherche GREGHEC s'efforcent de fournir une vision des données sélectionnées aussi bien dans des domaines structurés que non structurés.

Donner vie aux statistiques

« Quand vous enseignez la science des données et les statistiques, vous devez adapter vos cours pour qu'ils correspondent aussi bien à votre personnalité qu'à celle de vos étudiants, explique Gilles Stoltz, installé depuis peu dans son nouveau bureau du bâtiment V. Il est en effet important de les galvaniser et de leur communiquer votre enthousiasme. Il ne faut pas se mentir, il s’agit de rendre intéressant un sujet qui n'est pas très inspirant sur le papier ». Le co-auteur de Statistique en action  s'appuie sur une expérience de près de dix ans d'enseignement à HEC Paris pour expliquer son approche pédagogique. Et, même si son collègue Peter Ebbes est professeur sur le campus d’HEC Paris depuis moins longtemps, ils partagent tous les deux la même vision de la transmission de la science des données : « Mes cours ne sont jamais des monologues, déclare Ebbes. J'interroge les étudiants, nous explorons ensemble des études de cas, les cours s'apparentent à des conversations qui stimulent leur motivation. C'est vrai que c'est parfois difficile quand je suis face à 70 étudiants pour des cours magistraux, mais je reste partisan d'une approche participative et cela donne des échanges bien vivants ».

Gilles Stoltz enseigne les statistiques aux étudiants L3 depuis 2007 dans un cours dédié « aux citoyens d'aujourd'hui et aux dirigeants de demain ». Sur un module de 20 heures, son équipe de 5 statisticiens et lui présentent les théories fondamentales à cinq classes d'étudiants du monde entier et 11 classes d'étudiants français. « J'adore ce type d'enseignement à HEC. C'est comme faire du théâtre ! En théorie, ils trouvent les statistiques plutôt rébarbatives, mais en appuyant mon cours sur une multitude d'exemples, j'arrive à provoquer leur enthousiasme ». Stoltz nous explique l'un des cas pratiques qui rencontre le plus grand succès auprès de ses étudiants : « Étonnamment, il concerne les élections présidentielles iraniennes de 2009 : les Américains croyaient avoir trouvé la preuve irréfutable que la confrontation entre le dirigeant en place Mahmoud Ahmadinejad et le candidat de l'opposition Mir Hossein Moussavi avait été truquée. Le Washington Post  avait publié un article intitulé « Le diable est dans les chiffres », qui analysait les résultats officiels en les confrontant à une distribution uniforme des derniers chiffres du vote. Toutefois, ils employaient pour ce faire une méthodologie incorrecte. Ils auraient dû utiliser le test du χ² d'adéquation à une loi, et ils auraient alors constaté que la P-valeur d'authenticité des données était de 7 %, ce qui est une valeur typique. Autrement dit, comme plusieurs statisticiens l'ont expliqué à l'époque, ces données ne constituent aucunement une preuve manifeste de manipulation. Les étudiants aiment cet exemple car il rend concrète une situation ayant un impact sur le monde géopolitique ».

Un domaine multidisciplinaire pour une multiplicité d'étudiants

Peter Ebbes centre son enseignement sur l'analyse de données des entreprises, la recherche en marketing et les modèles marketing. Pour cet ancien professeur de la prestigieuse université de Penn State aux Etats-Unis, les étudiants doivent viser l'acquisition de trois compétences : « une connaissance avancée des statistiques et des mathématiques, des technologies de l'information et du marketing appliqué au monde de l'entreprise ».

« De nombreux diplômés maîtrisent deux de ces compétences, mais peu d'entre eux sont capables d'acquérir les trois, nous confie-t-il depuis son bureau du bâtiment W1. Par ailleurs, c'est un vrai plus de nos jours de posséder une connaissance générale sur le stockage des données, et sur le déplacement des données d'un lieu à un autre. Cette maîtrise complète constitue le défi majeur auquel nous sommes confrontés avec la multiplication croissante des données ». La nature multidisciplinaire de la science des données se reflète dans la diversité des participants aux cours d'Ebbes. « Le bassin de recrutement est très étendu, note-t-il, nous avons des profils très intéressantes dans les cours du MBA : il y a une personne qui vient de Google Analytics, et une autre possède un doctorat de philosophie, pour n'en citer que deux. Cette dernière a proposé a par ailleurs des idées brillantes et inattendues lors du travail sur les études de cas. Cette diversité est une véritable richesse pour nous ».

Un soutien important de la Fondation HEC

La variété de cet horizon est-elle la raison d'une demande de plus en plus forte d'experts en science et en analyse de données comme Peter Ebbes ? Pour les seuls États-Unis, on estime à 190 000 le besoin en spécialistes en science de données. « Il y a une forte demande, explique Ebbes, gagnant du prix du meilleur chercheur de la Fondation HEC en 2016. Les entreprises sont avides de spécialistes capables de trier et analyser leurs données. En retour, notre recherche bénéficie de l'accès à leurs données brutes. C'est gagnant-gagnant ».

La décision du département marketing d'HEC d'acheter une machine d'oculométrie (eye-tracking machine) a également aidé les chercheurs à étudier plus efficacement les achats en ligne des consommateurs. « Il y a la question des avis en ligne, par exemple. Les internautes les lisent-ils ? Combien en consultent-ils ? De quelle manière cela influence leurs décisions ? s'interroge Pete Ebbes. Avec un doctorant, nous avons superposé des données avec des résultats du système d'oculométrie, ce qui nous aide à savoir quoi interpréter et comment le faire ». Peter Ebbes attire l'attention sur l'aspect crucial de l'aide apportée par la Fondation HEC par la création de tels programmes : « C'est l'une des fondations les plus coopératives d'Europe, son soutien est comparable à celui dont les institutions bénéficient aux États-Unis ». Le professeur néerlandais souligne également l'influence positive du réseau d'entreprises d'HEC sur la recherche. « L'école collabore depuis longtemps avec d'importantes multinationales, et c'est un point essentiel. J'aimerais juste que les entreprises françaises soient plus conscientes des opportunités dont elles bénéficieraient en participant à notre recherche ».

L'horizon des données de l'université Paris-Saclay

Selon Gilles Stoltz, la proximité avec de grandes entreprises est un avantage certain pour HEC dans son enseignement de la science des données. Ce professeur, qui enseigne l'apprentissage et l'optimisation séquentiels en M2 de mathématiques, est convaincu que les stages et séjours en entreprises constituent la meilleure manière de transformer la théorie et les exemples de son cours en application pratiques. « Certains de mes doctorants en mathématiques ont été recrutés par des entreprises privées dans le cadre de l'accord CIFRE, explique Stoltz. Ils ont accès à des données de terrain et développent des théories fondées à la fois sur leur formation universitaire et leur expérience pratique. Quand ils élaborent une idée d'algorithme, ils la codent également, parfois en utilisant des environnements de Big data. Le secteur privé fournit le cadre idéal pour cela. Sans oublier que ces entreprises reçoivent d'importantes subventions pour leur salaire » ! 

C'est pour cette raison que Gilles Stoltz est persuadé que le rapprochement entre HEC Paris et les autres établissements de l'université Paris-Saclay ne peut être que positive. Il est aussi enthousiaste concernant les développements se produisant à HEC Paris. « HEC souhaite recruter un autre professeur expérimenté dans l'analyse des données d'entreprises, ce qui est une excellente idée. Les outils statistiques sont utilisés dans de nombreux cours, notamment ceux impliquant le marketing et la finance. Au début des années 2010, les professeurs affiliés français spécialisés en marketing avaient seulement une approche qualitative, précise Stoltz. À présent, nous bénéficions de la présence de jeunes professeurs comme Daniel Halbheer, Cathy Yang, ou Ludovic Stourm et Valeria Stourm, qui abordent l'enseignement du marketing du point de vue quantitatif. C'est un vrai progrès de proposer ces deux versants ». Stoltz conclut en disant que l’approche d'HEC a rendu l'enseignement de la science des données plus fluide et moins impersonnel que les cours comparables de l'autre côté de l'Atlantique.