Le MSc Sustainability & Social Innovation forme des « idéalistes réalistes »

Jérémy Ghez, Professeur Affilié d'Economie et d'Affaires Internationales et Lise Pénillard, Directrice Executive du Master in Sustainability and Social Innovation - 11 décembre 2017
Le MSc Sustainability & Social Innovation forme des « idéalistes réalistes » Jeremy Ghez et Lise Penillard - HEC Paris

Les entreprises ne peuvent plus mener leurs activités comme avant. Le changement climatique, la raréfaction des ressources naturelles et l’accroissement des inégalités économiques et sociales nécessitent que nous modifiions radicalement nos processus de production pour nous assurer qu’ils restent efficaces tout en adressant ces problématiques. C’est la raison pour laquelle HEC Paris propose un programme de master spécialement conçu pour former les leaders de demain au management durable.

Jérémy Ghez ©HEC Paris

Jérémy Ghez est professeur affilié d'économie et d'affaires internationales à HEC Paris et co-directeur du centre HEC Paris de géopolitique. Il dirige la Nouvelle Revue (...)

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Lise Pénillard - HEC Paris

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Le changement climatique n’est pas uniquement la préoccupation des défenseurs de l’environnement, il affecte également le prix et la disponibilité des matières premières. Ainsi, « une sécheresse en Nouvelle-Zélande perturbe l’alimentation des vaches et peut avoir des conséquences sur la qualité du lait, ce qui provoque une pénurie de lait de qualité, qui aura elle-même un impact sur les cours mondiaux du lait » explique Carolin Schmidt, acheteuse internationale de matières premières laitières pour Danone. En entrant chez Danone, Carolin aspirait à rejoindre l’équipe en charge des produits laitiers, qui constituent le cœur de métier de l’entreprise et sont également confrontés à des problèmes comme le changement climatique, les émissions de gaz à effet de serre et la juste rémunération des éleveurs. Carolin Schmidt est diplômée du Master Sustainability and Social Innovation (SASI) d’HEC. Sa volonté de traiter les problèmes de durabilité du côté des entreprises et son état d’esprit pragmatique sont révélateurs de la personnalité des étudiants attirés par ce programme : des stratèges et entrepreneurs engagés. D’une durée d’un an, le programme SASI d’HEC a pour objectif de former de futurs leaders à acquérir une vision d’ensemble de la gestion durable, afin d’initier de nouvelles stratégies d’entreprise et de créer une économie résiliente.

Des « entrepreneurs engagés »

Mais pourquoi proposer un cursus spécialement axé sur la durabilité ? Jeremy Ghez, directeur académique du programme, estime que ses étudiants ne pouvaient se satisfaire des cursus classiques sur la stratégie ou l’entreprenariat. « Il existe une catégorie de la population mécontente du consensus actuel, qui rêve plus grand et souhaite faire bouger les choses, » affirme-t-il, ajoutant que ceux qui « auront un véritable impact » sont toutefois les étudiants qu’il qualifie « d’idéalistes réalistes ». « Si vous êtes un rêveur qui tient compte de la dynamique des marchés, vous possédez un avantage stratégique sur vos concurrents. » Et le terme « impact » est un mot-clé qui revient systématiquement dans les entretiens avec les postulants, souligne Lise Penillard, directrice exécutive du SASI : « Ils désirent passionnément avoir un impact sur l’environnement ou les questions sociales. » Outre la passion, les responsables du processus de sélection recherchent chez les candidats une réflexion complexe, critique et indépendante, ainsi que les qualités propres à un leader empathique, qui sait inspirer et déléguer. « Nous prenons également en compte ce qu’ils ont déjà accompli », précise Lise Penillard, en citant l’exemple d’un jeune ingénieur indien qui, avant de commencer son master, a sillonné son pays à vélo électrique sur 7 500 km en échangeant avec 10 000 personnes afin de les sensibiliser aux énergies renouvelables. Sur environ 300 candidats, les 54 étudiants de 27 nationalités différentes sélectionnés cette année viennent d’horizons très divers, du commerce à l’ingénierie en passant par les sciences sociales.

Projets « réels » et développement personnel

Les cours principaux traitent notamment des opérations & chaînes d’approvisionnement durables, des investissements responsables, des villes durables, tandis que les cours électifs comprennent la géopolitique des ressources, la gestion des ONG... Le programme s’inscrit parfaitement dans la mission du Centre Society and Organization (SnO) d’HEC, dont les activités d’enseignement et de recherche portent sur les questions sociales et environnementales actuelles. À titre d’exemple, Rodolphe Durand, directeur académique du Centre SnO, dispense un court intitulé « Have a cause, Make an Impact » (Défendez une cause, ayez un impact). Le programme offre aux étudiants l’opportunité de travailler sur des projets de conseil « réels » pour des entreprises ou des ONG ou de lancer leur propre start-up. Il met également l’accent sur le développement personnel : « lors des séminaires sur les acteurs du changement, les étudiants apprennent à mieux se connaître et à clarifier leurs objectifs », explique Lise Penillard. Chaque année, ils effectuent des voyages sur le terrain dans des pays en développement afin de rencontrer des chefs d’entreprises et des membres d’ONG. « Le but est de confronter les enseignements d’une école de management française à la réalité du terrain, » déclare-t-elle. Les pays visités ont notamment été le Botswana – l’histoire d’un succès africain – et Cuba, dont l’économie étatique fermée constitue selon elle un « changement de paradigme ».

Changer l’entreprise de l’intérieur

Une autre particularité de ce programme réside dans sa spécialisation « intrapreneuriat ». Alors que les diplômés d’écoles de management sont souvent encouragés à créer leur propre entreprise, l’objectif consiste ici à intégrer de grandes entreprises pour les faire évoluer de l’intérieur. « Avez-vous forcément besoin d’entamer une révolution pour avoir un impact ? interroge Jeremy Ghez. Non, vous pouvez également changer progressivement les choses de l’intérieur. » La spécialisation intrapreneuriat comporte un cours intitulé « critiques de la RSE » (responsabilité sociale des entreprises), qui encourage les étudiants à adopter un regard critique sur l’éventuel « aspect négatif des stratégies de RSE et de durabilité », comme le socialwashing ou le greenwashing, ajoute Lise Penillard. Elle estime cependant que le monde de l’entreprise est prêt à adhérer au développement durable et à anticiper les changements au lieu de les subir de manière passive. « Au fil des ans, la durabilité est devenue une composante clé de la stratégie des entreprises et un sujet de discussion au sein des comités de direction », renchérit-elle. De grandes entreprises sponsorisent certains certificats, Danone, Renault et Schneider Electric parrainent par exemple le certificat Social Business. Bien sûr, la collaboration étroite avec le monde de l’entreprise crée des passerelles qui aident les diplômés à trouver un emploi : 93 % des diplômés décrochent un emploi dans les 3 mois, pour un salaire moyen de départ de 49 000 euros.