Le Movement for Social Business Impact souffle sa première bougie

12 décembre 2017
Le 7 novembre 2017, le Movement MS*BI a été présenté à une table ronde au 8ème Global Social Business Summit à Paris, avec nos partenaires Oliver Faust (Renault), Jacques Berger (Action Tank), Muhammad Yunus (Grameen Bank), Rodolphe Durand (SnO HEC), Martin Hirsh (AP-HP), et Laurent Auguste (Veolia).

Le 9 novembre 2016 a vu le lancement officiel de l’une des initiatives les plus ambitieuses de HEC Paris, à savoir le Movement for Social * Business Impact, MS*BI. Ce projet de grande envergure vise à accompagner les entreprises et les entrepreneurs dans une mission commune visant à construire une économie mondiale plus inclusive. Le MS*BI aspire également à aider les entreprises à optimiser leur impact social tout en améliorant leur développement économique. Knowledge analyse le développement, au cours de l’année dernière, d’un Mouvement qui espère contribuer à construire un nouveau type de capitalisme.

Il y a 12 mois, près de 1000 personnes se sont réunies dans le Hall d’honneur de HEC pour assister au point culminant de plusieurs mois de réflexion et de débats qui ont donné naissance au MS*BI. Ce fut une soirée historique qui a ancré davantage encore la stratégie de l’école de placer l’impact social au cœur de sa politique d’entreprise. Et les propos chargés d’émotion de Muhammad Yunus et Emmanuel Faber ont mis en garde les personnes rassemblées en leur demandant d’imaginer des actions permettant aux acteurs économiques d’optimiser leur impact sociétal. « Nous sommes assis sur une bombe à retardement », a averti le lauréat 2006 du Prix Nobel de la Paix, avant d’adhérer officiellement au Mouvement et à ses actions.

Le Mouvement prolonge et renforce les travaux initiés par la Chaire « Social Business/Entreprise et Pauvreté ». Cette chaire, créée par Danone, Schneider Electric et Renault en 2009, est actuellement présidée par le Professeur Yunus et Martin Hirsch, ancien Haut-commissaire français aux solidarités actives contre la pauvreté. L’année dernière, trois nouvelles sociétés ont rejoint le Mouvement : Sodexo, Veolia et Total. « La Chaire enseigne la façon dont les entreprises peuvent atténuer la pauvreté. Ce nouveau Mouvement donne un nouvel élan pour que les universitaires repensent leurs théories et que les praticiens apportent les preuves de l’impact de leurs actions. Il permet aux enseignants de poser les bonnes questions. Main dans la main avec les chercheurs, ils réécrivent tous les codes source de l’économie. Le but ? Répondre à une question centrale : profit ou justice sociale ? » a indiqué Emmanuel Faber, PDG de Danone, à la salle comble lors du lancement en novembre 2016.

Le Mouvement est porté par trois leviers : PENSER (recherche du SnO), ENSEIGNER (pédagogie de HEC) et AGIR (l’Action Tank). 


PENSER : contribuer à un « mode de pensée européen » 

Le pilier « Penser » du MS*BI repose sur les centres de recherche académiques menés par le Centre SnO de HEC. « Notre recherche implique de repenser les horizons et les rôles des organisations. Les nouveaux modèles économiques inclusifs placent la personne au centre de leurs stratégies et contribuent à la création de nouvelles activités entrepreneuriales », explique Rodolphe Durant, fondateur et directeur scientifique du SnO. 

Dès sa création, Bénédicte Faivre-Tavignot, Directrice exécutive du SnO, a supervisé le déploiement du Mouvement car il a pour objectif de contribuer à un « mode de pensée européen » sur le rôle des entreprises dans la société. Le MB*SI engage certains des leaders de l’industrie française dans une nouvelle vision où les logiques économique, politique et sociale fusionnent. « Il est désormais temps d’optimiser ces projets. Nos chercheurs tentent de répondre à une question centrale : les entreprises disposant de programmes de Responsabilité sociale des entreprises (RSE)/Innovation sociale peuvent-elles améliorer leurs performances économiques sur le long terme et devenir plus compétitives ? Nous encourageons nos chercheurs à étudier l’impact positif de la combinaison des deux. Nous analysons également les améliorations qualitatives consécutives dans les secteurs social et environnemental de la société », a poursuivi Mme Faivre-Tavignot.

Guillemet

Les nouveaux modèles économiques inclusifs placent la personne au centre de leurs stratégies et contribuent à la création de nouvelles activités entrepreneuriales », Rodolphe Durant



ENSEIGNER : former une nouvelle génération de leaders

Il y a déjà des signes encourageants qui montrent que les cinq projets de recherche lancés par le SnO portent des fruits. Ils sont récompensés par une implication croissante des étudiants de HEC, élément essentiel des objectifs du Mouvement dans le volet « Enseigner ». « Notre objectif ici est de former une nouvelle génération de dirigeants et de leaders, en les sensibilisant davantage aux défis actuels, en les amenant à changer la donne. A cette fin, nous essayons d’intégrer une perspective sociétale dans nos programmes et cours principaux, et nous développons des méthodes d’enseignement innovantes telles que l’apprentissage par l’expérience », a souligné Mme Faivre-Tavignot.

AGIR : expérimenter de nouveaux modèles économiques

L’Action Tank de Jacques Berger expérimente de nouveaux modèles économiques sociaux qui alignent les secteurs public et privé sur les acteurs de la société civile. « Nos activités sont triples. Nous concevons des programmes présentant un impact social, nous aidons les sociétés à identifier la part sociale de leurs programmes et nous encourageons ces sociétés à travailler ensemble », a expliqué le directeur de l’Action Tank. Depuis sa création en 2010, l’Action Tank se fonde sur deux principes centraux : l’accès mondial aux biens et services essentiels ; et le droit universel au travail ou aux initiatives économiques. Dans le contexte du MS*BI, cette association à but non lucratif entame l’internationalisation de ses activités, afin de diffuser ses « expérimentations » dans sept champs d’action dont la mobilité, la santé, le logement, la nutrition infantile, sur le continent africain. Ceci aide également des pays comme l’Inde, le Brésil et l’Allemagne, à créer leur propre groupe d’action.

Décloisonner 

Schneider Electric, une des six entreprises qui soutient le MS*BI, a gagné en crédibilité en montrant sa détermination à promouvoir la Responsabilité sociale des entreprises. Mais afficher son engagement en matière de RSE a-t-il une influence sur la probabilité d’intégration dans un indice boursier durable majeur ? Ceci est au cœur du projet de recherche mené pour le Mouvement par Luc Paugam, Professeur associé à HEC. « Comme toutes les grandes entreprises, Schneider s’efforce de se présenter à ses actionnaires comme étant crédible en matière de RSE. Un moyen de gagner en crédibilité est d’obtenir la reconnaissance d’agences de notation externes. J’ai étudié une des principales organisations de notation, le Dow Jones Sustainability Index, DJSI, pour vérifier si l’entreprise, en recourant à des pratiques de communication, peut influencer la probabilité d’être reconnue en tant que leader de la RSE », explique M. Paugam. 

Mais, au-delà des résultats qu’il a obtenus, il apprécie les échanges rares avec les collègues de départements dont les chemins se croisent rarement. « Dans le Mouvement, les chercheurs se réunissent une fois par mois pour échanger sur leurs résultats, et cette approche interdisciplinaire est un des aspects les plus enthousiasmants de ce projet. Ce fut rafraîchissant de nous décloisonner au sein de cet important mouvement », a souligné M. Paugam.


Guillemet
 "Le rôle de HEC est de créer des liens entre les acteurs principaux du monde de l’entreprise, les activistes locaux, les chercheurs et les universitaires, qui peuvent transmettre la philosophie du Mouvement aux futures générations d’entrepreneurs.", Bénédicte Faivre-Tavignot



Ces transgressions constituent l’un des objectifs principaux du MS*BI. « Les chercheurs doivent faire appel les uns aux autres et s’ouvrir aux réseaux internationaux. Le rôle de HEC est de créer des liens entre les acteurs principaux du monde de l’entreprise, les activistes locaux, les chercheurs etles universitaires, qui peuvent transmettre la philosophie du Mouvement aux futures générations d’entrepreneurs. Nous espérons que ceci changera les mentalités des entrepreneurs et des dirigeants, et aura un impact sur le monde des affaires », insiste Bénédicte Faivre-Tavignot.

La prochaine grande étape pour le Mouvement est le Global Social Business Summit à Paris en novembre. Il sera suivi, en mars 2018, par une réunion entre les six grands acteurs du monde de l’entreprise et les donateurs du Mouvement, dans l’objectif d’échanger sur leurs résultats.