Villes en transition : Appel général à multiplier les alliances

12 décembre 2017
Julien Dossier, Professeur Adjoint, Amélie de Montchalin, Député de l'Essonne, Alain Juppé, Maire de Bordeaux et ancien Premier Ministre, et Rob Hopkins, co-fondateur du Mouvement de la Transition, à la conférence plénière au campus d'HEC.

Près de 500 personnes ont assisté à la conférence annuelle du SnO (Society and Organizations) Center HEC en octobre 2017 afin d’explorer les nouveaux modèles urbains basés sur des alliances clés visant la neutralité carbone, l’inclusion et l’autonomisation des citoyens. Parmi les intervenants de la session plénière qui a clôturé l’événement : l’activiste Rob Hopkins, Amélie de Montchalin, Député LREM d’Essonne, et Alain Juppé, maire LR de Bordeaux et ancien Premier Ministre. Mais ce n’était là que la partie émergée d’un iceberg qui comprenait des ateliers et des débats internationaux intenses lors d’un événement d’une journée coorganisé et orchestré par Julien Dossier, Lise Pénillard et Bénédicte Faivre-Tavignot, professeurs à HEC.


« Les scientifiques sont catégoriques : la probabilité d’atteindre notre objectif de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5°C avant 2100 n’est que de 5% ». Rob Hopkins n’a absolument pas démenti le sentiment d’urgence dans le message qu’il a martelé encore et encore pendant ses 12 heures d’échanges avec les étudiants et le corps professoral d’HEC, ainsi que les invités de la société civile et des gouvernements locaux. L’affirmation de l’auteur se base sur un rapport inquiétant publié par Nature Climate Change du mois de juillet. « Nous ne pouvons pas attendre la mise en œuvre des politiques commerciales, des systèmes de mesure et des décisions politiques avant d’agir par nous-mêmes. Le temps presse », a insisté le fondateur du Mouvement de la Transition lors de son retour à Jouy-en-Josas.

Lors d’une journée d’automne exceptionnellement chaude, ce message a été repris par Julien Dossier, qui enseigne le cours de Villes durables chez HEC depuis 2010. Le fondateur de Quattrolibri a insisté sur l’engagement concret du 19 octobre et fait part d’un « redoublement d’efforts massif » depuis la Conférence du SnO de l’an dernier. Cette Conférence « Finance for Good » de 2016 avait exploré le rôle du secteur financier dans la stratégie de transition actuelle, et les défis à relever lors de l’alignement des incitations financières sur la croissance inclusive. « Cette année, vous avez pu ressentir l’intensification des préoccupations autour des alliances pratiques, qui a trouvé son écho lors de sommets et de débats bien au-delà de notre campus », a expliqué M. Dossier. En effet, quelques jours plus tard, les leaders de certaines des plus grandes villes du monde se sont réunis à Paris lors du sommet Together4Climate du C40 afin de discuter des moyens de reconstruire des métropoles plus sains dans le monde entier, en commençant par l’air.

Les Mureaux peuvent-ils être une source d'inspiration pour le reste de la France ?

La conférence du SnO s’est centrée sur les communautés locales et leur quête de mobilisation de tous les acteurs en faveur d’un habitat durable, résilient, à empreinte carbone zéro. Une grande partie de la journée a été consacrée aux feuilles de route pratiques pour de petites communautés telles que Les Mureaux et Jouy-en-Josas, de petites villes comme Fort d’Issy, ou de plus grandes conurbations comme Versailles et Luxembourg. 

« Ce qui se passe aux Mureaux est tout simplement génial », a déclaré Rob Hopkins, tout juste de retour d’une soirée de débat, d’échanges et de musique dans la banlieue parisienne. « Autrefois, cette communauté avait l’impression que la France lui avait tourné le dos [Ed., après des émeutes dans les années 2000 et la réduction des effectifs de l’usine Renault locale, qui est passée de 30 000 à 3000 employés]. Et aujourd'hui, ils transforment la ville en destination touristique ! Ses habitants souhaitent en faire un centre de gastronomie, créer le meilleur projet d’exploitation agricole urbaine de France, et inventer la monnaie locale la plus cool du pays. L’écosystème des Mureaux pourrait devenir un modèle et inspirer le reste de la nation ! »

Parmi les acteurs du développement des Mureaux on peut citer Jean de Wailly (H96). Ce Chargé de comptes internationaux chez Sodexo Benefits and Rewards Services a passé l’année dernière à travailler avec les associations et leaders locaux pour mettre en place un pôle territorial de coopération économique (PTCE). « Plus de 100 nationalités sont représentées dans cette communauté de 30 000 personnes. Leur diversité a d’abord été qualifiée de « difficile », puis elle est devenue « un défi », mais désormais, c’est « une opportunité » et nous devons en tirer parti, en utilisant le riche réseau d’associations et de commerces locaux qui sont d’un grand soutien. En association avec le Groupe d’Action du SnO, Sodexo apporte son soutien au PTCE car il fédère énormément d’énergies créatrices en un seul lieu géographique. » 

En quête de feuilles de route pratiques vers la durabilité

Jean de Wailly a lancé la journée lors d’un atelier impliquant des chercheurs de HEC, des activistes des Mureaux et Rob Hopkins. Ensemble, ils ont exploré les avantages et les défis d’une fédération accentuée de la population autour de la création de sa propre monnaie locale. « Pourquoi est-ce important ? » a demandé avec rhétorique Eric Mengus, Professeur assistant à HEC. Au cours de l’année dernière, Mengus a travaillé sur cette question dans le cadre du Movement for Social Business Impact d’HEC. « Parce que cela a un impact sur les questions locales telles que les équipements collectifs, la santé et l’éducation. Les monnaies locales pourraient représenter un outil potentiel pour atténuer les problèmes locaux d’accumulation des biens publics dans les quartiers les plus défavorisés. Mais il est important de clarifier les conditions de leur mise en œuvre et les voies qu’elles doivent emprunter pour avoir un effet concret sur l’économie locale et les conséquences sociales », a-t-il répondu.

La journée a également vu la participation active des étudiants d’HEC à des débats sur des villes intelligentes comme Fort d’Issy et Luxembourg, et à un atelier de conception de feuilles de route « pour les villes 2°C ». Lors de ce dernier, Sommia, étudiant SASI, a reconnu la diversité des facteurs impliqués dans la création de communautés durables : « Je pensais que cela se résumait à l’urbanisme, mais je réalise qu’il existe des composants importants qui sont en interaction » a déclaré l’étudiant canadien de Calgary. Il a évoqué le diagramme de réseau élaboré, conçu par Julien Dossier, intitulé « fresque post-carbone ». « C’est un excellent outil pour nous guider dans nos réflexions. Il indique les domaines sur lesquels il faut se concentrer, tout en donnant une vision globale. » Un autre étudiant a insisté sur le « laboratoire » que Les Mureaux sont en train de devenir pour la démocratie participative. « L’ensemble de la population prend des décisions sur l’ensemble des questions importantes qui interviennent dans leurs vies quotidiennes » a-t-il indiqué. Il a ajouté que cette démocratie au quotidien est essentielle pour garantir le développement d’une communauté d’une telle diversité culturelle.

 
Pour François Brégout, Maire adjoint de la voisine Jouy-en-Josas, il est vital d’emmener progressivement ses concitoyens vers de nouvelles alliances pour un développement durable, en utilisant une méthode graduelle. « Ils s’intéressent facilement aux projets pour une meilleure alimentation par exemple. Mais ils ne sont pas conscients qu’il existe aussi des problématiques d’éthique, de transport, d’éducation et de bonne gouvernance derrière ce qu'ils mangent. Avec les propositions de HEC-Jouy sur la permaculture, par exemple, nous pouvons réunir nos visions et nos énergies autour de projets communs bien plus ambitieux. »


Guillemet
HEC Paris joue un rôle réellement actif et de soutien en utilisant son réseau pour réunir tous les acteurs.", Rob Hopkins



Ne plus prêcher tout seul dans le désert

« Ce que je vois germer ici m’encourage fortement. HEC Paris joue un rôle réellement actif et de soutien en utilisant son réseau pour réunir tous les acteurs. L’approche du SnO est double : il encourage un paradigme communautaire ascendant, en centrant l’attention des étudiants sur des activités hors-campus et des projets réels, aux Mureaux par exemple. Simultanément, il tire parti du soutien de sociétés comme Sodexo pour ces projets », a affirmé Rob Hopkins.

Pour Julien Dossier, cette journée a apporté une énergie positive qu’il espère voir se développer. « C’est très encourageant pour des personnes comme nous qui avons passé des années à y travailler. Je n’ai plus l’impression de prêcher tout seul dans le désert, il y a un effort et une conscience collectives qui se développent ». Il met cependant en garde : « Mais HEC doit voir au-delà des étudiants du Master spécialisé SASI ou du SnO, tous activement engagés dans ce domaine. Au cours de cette transition, nous aurons besoin d’experts en droit, marketing, finance, ressources humaines, etc. Ils sont tous présents dans cette école. Voici le message que je leur adresse : « Travaillons tous ensemble, y compris le réseau des anciens élèves, et abandonnons nos modes de fonctionnement habituels. » Il est temps pour nous de prendre la mesure de l’urgence et de relever nos manches pour concevoir, développer et multiplier les solutions respectueuses du climat. »