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Comment la recherche en finance à HEC Paris alimente le débat public sur la régulation financière

23 septembre 2016

Permettre une plus grande stabilité du système financier est l’une des principales forces guidant la recherche en finance. La stabilité des banques comme des marchés financiers dépend en partie de l’existence d’une régulation efficace. En développant des relations étroites avec les autorités de régulation, HEC Paris permet des échanges féconds, par lesquels les régulateurs aident les chercheurs, et vice versa. 

Financial regulation_perignon foucault vuillemey


HEC Paris collabore abondamment avec les autorités de régulation, mais cela n’a pas toujours été le cas. Pendant longtemps les régulateurs, notamment en matière bancaire, ont été réticents à partager des données avec des universitaires. Cela pouvait pénaliser les chercheurs, qui manquaient cruellement de données importantes pour leurs travaux de recherche. Après la crise de 2008, la réglementation bancaire a dû être renforcée, et cela a ouvert la porte à davantage de collaboration entre ces autorités et les meilleurs centres de recherche académiques comme HEC Paris. 

A l’heure actuelle, HEC bénéficie d’une relation privilégiée avec l’Autorité des Marchés Financiers en France, via Thierry Foucault, Professeur de Finance, qui fait partie de son Comité Scientifique. HEC Paris a également mis en place une chaire de recherche, portant sur la régulation et le risque systémique, avec l’ACPR, l’autorité de supervision des banques en France. 

Au sein de la chaire à l’ACPR, les professeurs d’HEC travaillent en ce moment sur la régulation bancaire et ses effets sur l’économie réelle, sur le financement des banques, et sur le risque systémique. Avant la crise de 2008, toute la réglementation bancaire était micro-prudentielle : on pensait que si chaque banque est stable individuellement (par exemple parce qu’elle est suffisamment capitalisée), alors le système dans son ensemble sera également stable. Après la crise, les régulateurs ont basculé d’une approche micro-prudentielle vers une approche macro-prudentielle, où l’on se concentre sur la stabilité du système entier, et non seulement de chacune des institutions que le constituent. En la matière, les chercheurs d’HEC étudient d’importantes questions comme, par exemple, (1) pourquoi les banques prennent de larges expositions à certains risques et pourquoi elles s’exposent aux mêmes risques, (2) comment les pertes d’une institution financière peuvent se propager à d’autres, et (3) pourquoi des chocs relativement faibles peuvent avoir des effets agrégés importants. 

La relation entre HEC et l’ACPR a grandement bénéficié aux deux institutions.  « Nous sommes dans une situation gagnant-gagnant, dans laquelle nous recevons des données que nous pouvons utiliser pour des travaux empiriques, que nous présentons ensuite au régulateur bancaire, en même temps que nous les conseillons dans leurs travaux », explique Christophe Pérignon, professeur associé de finance à HEC et co-directeur de la chaire. Cette interaction lui a permis, ainsi qu’à ses collègues, de produire des travaux de recherche qui alimentent les débats réglementaires. Dans la mesure où les travaux venant de HEC sont de nature scientifique, leurs résultats nourrissent le débat, que les régulateurs soient d’accord ou non : « Nous pouvons évaluer la performance de la règlementation, car nous avons désormais beaucoup plus de données », explique Christophe Pérignon. Son but à long-terme, ainsi que celui de son équipe, est d’offrir aux régulateurs un cadre qui leur permette d’avoir une vision plus globale, et pas seulement d’additionner les outils réglementaires qui ne réduisent qu’une sorte de risque à la fois. 

Guillaume Vuillemey, professeur assistant dans le département de finance, a réussi, avec deux de ses collègues, à remettre en cause la vision de dominante concernant le financement à court terme des banques européennes – et cela grâce à des données nouvelles obtenues via la Banque de France. Ils ont eu accès à des données brutes uniques, contenant des centaines de milliers d’opérations de financement. En étudiant un grand nombre de banques et en examinant leur financement de court terme à fréquence quotidienne pendant la crise financière et la crise des dettes souveraines, ils ont pu obtenir une description exacte des événements. « Pendant des années, ce qu’ont affirmé les économistes n’étaient pas étayé par des données », explique Guillaume Vuillemey. La vision dominante, explique-t-il, est qu’après la faillite de Lehman Brothers en 2008, les marchés de dette à court terme ont été complétement gelés, et que la Banque Centrale Européenne a dû intervenir pour aider les banques à emprunter et pallier à un dysfonctionnement des marchés. Mais Guillaume Vuillemey et ses collègues dépeignent une réalité plus nuancée. Ils montrent qu’il n’y a eu aucune baisse des encours sur ces marchés de dette – pendant que certaines banques perdaient du financement, d’autres l’augmentaient. « Notre conclusion est importante, car elle remet en cause la manière traditionnelle dont nous comprenons ces marchés ou, à minima, nous montre que nos cadres conceptuels sont incomplets », explique Guillaume Vuillemey. « Nous pensons qu’une part importante des mesures qui ont été prises après la crise sont fondées sur une vision du risque sur ces marchés qui ne reflète pas la réalité de manière exacte », conclut-il. 

Enfin, en ce qui concerne le régulateur des marchés financiers, c’est souvent de discussions au sein du comité scientifique de l’AMF que Thierry Foucault tire son inspiration pour des projets de recherche. Professeur de finance à HEC Paris, il siège dans ce comité avec d’autres universitaires de premier plan, et participe aux débats sur des sujets d’actualité. Cela alimente grandement ses réflexions de recherche.

A l’heure actuelle, il travaille sur le trading à haute fréquence, qui correspond à l’achat et à la vente de titre financiers à très heure vitesse et de manière automatisée. « Il y a des débats importants pour savoir si le trading à haute fréquence doit être régulé, ou s’il doit être ralenti », explique-t-il. Il a développé un modèle pour étudier ces questions en termes théoriques, et pour comparer les bénéfices de ces activités à leur coût social. En discutant ses résultats avec le comité scientifique, il enrichit le débat. « Quand vous êtes un universitaire, les régulateurs aiment débattre de votre recherche, car elle porte directement sur ce qui se passe sur le marché ». Il explique que son but cependant n’est pas d’influencer la réglementation. « L’activité scientifique a pour but la percolation des journaux universitaires vers le plus grand public », explique Thierry Foucault. Les liens de HEC avec les autorités de régulation permettent sans aucun doute d’accélérer ce processus. 

Au tableau-Fin profs colliard perignon vuillemey

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