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Le cinéma africain à l’honneur grâce aux AfricaDays@HEC Paris

28 février 2018

« Tant qu’on vit »  est le sixième long-métrage de Dani Kouyaté, fils de Sotigui Kouyaté, l’un des plus grands comédiens africains du 20ème  siècle. Ce 12 février, sous la neige de Jouy-en-Josas, le réalisateur franco-burkinabé, basé à Stockholm, a partagé ce récit homérique avec un public composé d’étudiants et de personnels d’HEC Paris. Cette fable moderne a marqué la deuxième soirée Cinéma Africain organisée par l’équipe d’AfricaDays@HEC Paris 2018.

Africa Days - film Dani Kouyate

Cette année, HEC Paris a décidé d’élargir son regard au cinéma africain comme possible vecteur de croissance sur le continent. Les AfricaDays@HEC Paris 2018, pilotés par Gabriella Mazzini à la Direction Internationale,  avaient démarré la saison en novembre dernier en invitant le cinéaste burkinabé Gaston Kaboré, César du film francophone en 1982 pour son film Wênd Kûuni  et Etalon d’Or du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) en 1997 pour Buud Yam .

Dans le double souci d’encourager le développement du 7ème  art en Afrique et d’accompagner les étudiants dans leurs projets professionnels, les AfricaDays@HEC Paris 2018 ont été l’occasion, dès cette première soirée cinéma, de démarrer un beau projet, fruit de la rencontre entre deux étudiants du MS/MSc Médias, Art & Création (MAC) et Gaston Kaboré. Le projet s’inscrit dans le cadre de leurs études au sein de ce Mastère spécialisé, dirigé par Thomas Paris. Le cinéaste burkinabé a créé en 2003 l'Institut Imagine qui, selon son fondateur constitue « un véhicule de libération des esprits  » car, comme il l’expliquait lors de son passage à HEC Paris en novembre 2017, « le cinéma peut reconquérir nos imaginaires  ».

« En 1986, j’avais écrit : « Les peuples africains ont un besoin vital de leur propre image », explique le vétéran de 66 ans. « 31 ans plus tard, cette vérité est plus pertinente que jamais ! Nous avons toujours un devoir absolu d’accompagner notre transformation sociétale, de la rythmer, comme outil de narration de nos intériorités, de nos imaginaires  ».

HEC Paris accompagne le cinéma africain

A l’occasion de la deuxième soirée Cinéma Africain organisée ce 12 février, Robin Charbonnier, l’un des deux étudiants du MAC impliqué dans le projet autour de l’Institut Imagine, a décrit les récentes étapes de ce projet. Depuis décembre 2017, Robin et Jean Henry travaillent avec Gaston Kaboré pour redonner une nouvelle orientation économique à l’école panafricaine. « Nous rentrons juste hier d’une semaine intense dans la capitale du Burkina-Faso pendant laquelle nous avons pu voir l’étendue des potentiels et des défis du cinéma en Afrique »,  explique le jeune étudiant. « L’arrivée imminente de la TNT et d’Internet va changer toute la donne ».  Robin et Jean Henry proposeront prochainement une analyse de toute la chaîne de valeur du cinéma, afin que l’Institut puisse s’affranchir de certains défis structurels et financiers.

Il s’agit là d’un bel exemple de collaboration évolutive entre les étudiants d’HEC Paris et une industrie culturelle africaine dotée d’un potentiel remarquable, malgré les difficultés de distribution et de production qu’elle connaît. Les festivals internationaux comme le Fespaco de Ouagadougou ou Les Ecrans noirs au Cameroun attestent en effet d’un désir de soutenir le marché du film africain sur le continent. En 2019 le Fespaco aura 50 ans et le gouvernement burkinabé s’apprête à fêter en grande pompe l’anniversaire  du « Cannes africain », au budget duquel il contribue pour les deux tiers. L’industrie cinématographique en Afrique francophone reste toujours prisonnière d'une pénurie de financement, de producteurs, d’écoles de formation, d’acteurs, et finalement de films exportables au-delà du continent.

Quêtes identitaires d’un Afropéen

Affiche film Dani Kouyate

Mais retournons à la projection du long-métrage Tant qu’on Vit dirigé par Dani Kouyaté.  Tourné en 2016, le film raconte le retour au berceau ouest-africain de deux citoyens suédois.  « Tout le monde est en quête de ses racines, »  explique le réalisateur devant le public de l’amphithéâtre Bellon. « Toute ma vie, je me suis posé des questions sur mes multiples identités, mais depuis six ans, mes interrogations sont devenues plus urgentes ».

Longiligne et élégant, Dani Kouyaté dresse un portrait exhaustif de son parcours, à partir des bancs de l’école élémentaire parisienne jusqu’aux apprentissages universitaires – en France comme au Burkina (Dani a été l’un des étudiants de Gaston Kaboré dans les années 90) – avec les grands penseurs du cinéma africain. En passant, bien évidemment, par l’apprentissage d’une vie aux côtés de Sotigui Kouyaté, son père et compagnon d’aventures théâtrales et cinématographiques, jusqu’à la mort de ce dernier survenue en 2010.  
 
« Mon exil s’est manifesté à travers un questionnement sur les langues qui m’entouraient », nous dit Dani. « Puis j’ai trouvé la langue du cinéma pour exprimer ce voyage, dans lequel je me trouve toujours. Quoi de mieux pour un griot que cet outil de transmission fabuleux ?».

Dans Tant qu’on vit, Kandia, une infirmière d’une cinquantaine d’années interprétée par Josette Bushell-Mingo, est en pleine crise existentielle et décide de rentrer en Gambie au bout de 30 ans d’exil. La décision fait suite à une confrontation avec son fils Ibbe, qu’elle a élevé seule. Son retour au pays surprend et inquiète ce dernier au moment où le garçon, maintenant âgé de 20 ans, s’apprête à percer dans une carrière hip-hop. Ibbe est profondément ancré dans son vécu métissé. S’il vit très mal le départ de sa mère, il finira par décider « d’aller voir » . Leur séjour improvisé dans la capitale Banjul ne se passe pas comme ils l’attendent, avec des confrontations entre tradition et modernité, entre hommes et femmes, entre générations, entre Nord et Sud. Mais il est aussi  l’occasion d’explorer des identités musicales et linguistiques, et surtout pour Ibbe de découvrir un « autre soi », une réconciliation à la fois bouleversante et pleine de joie.

Identités multiples

La projection a été suivie d’un échange de deux heures entre Dani Kouyaté et le public présent ce soir-là à HEC : sans surprise, les questions d’identités multiples ont été au cœur du débat. « Tous ces personnages, de la grand-mère suédoise d’Ibbe à son oncle gambien Sékou, sont un peu de moi. D’ailleurs, cette grand-mère blanche m’est peut-être plus proche que Sékou, car victime de ses rêves prémonitoires, si africains ».  Pour évoquer ces personnages riches et complexes, Kouyaté a trouvé des acteurs remarquables : « ils viennent principalement du théâtre, à part le jeune Ibbe, joué par  Adam Kanyama , un des rappeurs les plus connus en Suède, tanzanien d’origine ». 

Tant qu’on vit a été nominé sept fois lors des derniers Africa Movie Academy Awards (AMAA), organisés au Nigéria.




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