Actualités

Mesurer l'impact du bien-être sur les affaires : une démarche utopique?

9 mars 2017

Comment l’entreprise peut-elle mesurer l'impact du travail sur notre bien-être ? La question était le fil rouge de l'atelier co-organisé par l'OCDE, HEC Paris et l'Université de Fordham les 23 et 24 février derniers. Les participants, issus du monde de la recherche, des affaires, des ONG, de l'enseignement supérieur et de l'administration publique, ont enrichi les débats sur le travail et ses rapports avec le bien-être et ce dans l'espoir de « forger un récit nouveau pour le 21ème siècle».  « L'enjeu, » a précisé Georges Blanc, professeur émérite à HEC Paris,  « est probablement l'avenir-même de l'entreprise en tant qu'institution sociale et économique. 

OECD news on wellbeing

Au-delà des statistiques

Les chiffres frappent immédiatement  : 87% des employés dans le monde ne se sentent pas impliqués dans leur travail. Rien qu'aux États-Unis, 12,6% des travailleurs sont activement désinvestis de leur travail. Selon une étude Gallup de 2013, leur désinvestissement représente un coût annuel estimé entre 450 et 550 milliards qui impacte la productivité de leur pays. « Et pourtant, les entreprises les plus importantes continuent à maintenir le même cap, » précise Chris Laszlo, co-fondateur de Sustainable Value Partners LLC lors de son intervention au Conference Center de l'OCDE. « Elles ralentissent, mais elles vont toujours dans la mauvaise direction. C'est à nous de changer ce cap. »

Un grand pas en avant

C'est un cri du cœur lancé qui a été lancé aux acteurs du monde des affaires lors de cet atelier organisé en partenariat avec le Centre SnO d'HEC. Un appel les enjoignant à regarder au-delà de leurs bénéfices annuels. « Lorsque je rencontre les PDG des grandes entreprises et que je leur explique qu'il faut changer de mentalité, je ne les vois jamais consulter leurs smartphones par distraction, » note Jacques Berger, directeur de l'Action Tank Entreprises et Pauvreté. « Il y a un désir immense de redonner du sens aux pratiques de l'entreprise », poursuit-t-il, soulignant le mot « sens ». « Les chefs d'entreprises veulent croire en quelque chose qui va au-delà de ce qu'ils constatent dans leurs propres sociétés. »Ce conseiller en stratégie veut rester optimiste : « Ce que nous faisons dans l'Action Tank – en travaillant exclusivement avec des multinationales – aurait été inconcevable en 2005. Les chefs d'entreprises sont de plus en plus ouverts à l'innovation. Bien sûr, » explique-t-il devant un public nombreux, « un certain nombre d'employés dans ces entreprises pensent que ce que nous faisons est de la folie pure – à savoir créer un capitalisme plus inclusif et changer la politique publique. Il y en a qui aimerait tirer sur nous lorsqu'on suggère à Renault, par exemple, de maintenir des prix avec un bénéfice infime. Mais il faut pousser ces entreprises hors de leur zone de confort, revenir vers un temps où les profits financiers mesuraient l'efficacité et n'étaient pas une fin en soi. »

Comment trouver des nouvelles mesures statistiques du bien-être

La multiplication du nombre d’outils visant à calculer le bien-être a rendu les analyses sur ce sujet plus complexes. Georges Blanc, professeur émérite à HEC Paris, décrit l'objectif principal de la conférence tenue à l'OCDE : « Il est nécessaire de faire un état des lieux des différents systèmes de mesures au sein des entreprises (CSR, ESG, GRI), et voir comment nous pouvons les harmoniser, les étoffer, les compléter et mieux les utiliser. » A la fin de l'atelier, Georges Blanc souligne que les participants à cette conférence sont en train de construire un action plan pour répondre à un défi qu'il décrit comme « énorme et urgent ».

Exploiter du Hard Data pour améliorer son bien-être

Cette urgence n'a pas échappée à l'attention du Centre SnO et de son fondateur et Directeur Académique, Rodolphe Durand, qui développe une approche « pragmatique » pour changer les outils de mesure du bien-être au sein des principales multinationales en France. « Nous vivons des temps difficiles mais aussi passionnants, » explique-t-il, « car nous avons un volume de data sans précédent à notre portée. En combinant le Hard Data avec des entreprises  guidées par des principes moraux et des programmes d’enseignement de haut niveau proposés par les Grandes Ecoles de management, nous pourrons créer un outil de mesure du bien-être au travail qui sera partagé par tous. « C’est le moment de convergence, » conclut-t-il, «Nous espérons écrire un récit nouveau, fondé sur des  preuves concrètes. »

Des nouvelles lois révolutionnaires, Made in France

 Peut-être que ce nouveau récit est même déjà en train de s’écrire ? Frédéric Dalsace, également membre du Centre SnO, rappelle aux participants qu'une loi passée en novembre dernier par l'Assemblée Nationale exige que les entreprises de plus de 5 000 employés, dites « donneuses d'ordre », aient un « devoir de vigilance » pour identifier les risques d'entraves aux droits de l'homme et à l'environnement liés à leurs activités. « Ces mesures significatives se concentrent sur la logistique (les salaires, les conditions de travail, les droits des femmes, etc.). Nous espérons que cette loi historique, (http://www.assemblee-nationale.fr/14/dossiers/devoir_vigilance_entreprises_donneuses_ordre.asp) pourra être appliquée aussi au niveau européen, » déclare-t-il. 

Un invité de marque

Emmanuel Faber, n'a pas attendu la nouvelle législation pour mettre en place une série de mesures visant à améliorer le bien-être au sein de du groupe Danone qu’il dirige depuis 2014. Arrivé à la conférence en tant qu'invité surprise, il déclare :. « La question de bien-être est centrale, ». Il a expliqué la nécessité cruciale  d'indicateurs sociaux précis, pour prendre des décisions « à tous les niveaux » de la société. « Il y a un besoin croissant de mesures fiables, » insiste t-il. « Et pour cela, nous avons besoin d'une langue commune. Pour changer notre modèle  il nous faut créer des alliances qui n’existent pas encore parce que cette langue commune n'a pas encore été construite. »En appelant à une « nouvelle vision de la société », Emmanuel Faber fait un appel passionné pour soutenir les écoles de commerce. « Afin de redéfinir le logiciel il nous faut nous inspirer de l'exemple établit dans le passé par les Etats-Unis, lorsque Wall Street a investi lourdement dans l'université de Harvard. Nos écoles enseigneront aux générations futures que la finance est un outil et non un objectif. Il nous faut prendre des paris financiers. Nous avons le droit, non, le devoir de poursuivre notre Utopie. »


Retour à la liste d'actualités

JavaScriptSettings