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En dépit des difficultés économiques et sociales, les syndicats peinent à convaincre

23 novembre 2018

À l’heure où l’opinion publique exprime une inquiétude croissante en matière de pouvoir d’achat et d’emploi, à travers notamment le mouvement des "gilets jaunes", les syndicats de salariés ne profitent pas du mécontentement social. Bien au contraire, les récentes affaires accentuent les difficultés structurelles du syndicalisme français, au premier rang desquelles les divisions et le faible taux de syndicalisation, interrogeant sa représentativité, comme le montre la dernière livraison du Baromètre des décideurs Viavoice pour HEC Paris, Le Figaro et BFM Business du 19 novembre 2018.

 

Le pouvoir d’achat toujours au cœur des inquiétudes et des mécontentements

Après une forte baisse en septembre (-11), l’indice du moral des décideurs perd à nouveau 2 points en cette fin d’année : une évolution symptomatique d’une perte de confiance aujourd’hui partagée par tous, décideurs et grand public.

La première des inquiétudes est liée au pouvoir d’achat, sur fond de mouvement social des « gilets jaunes » contre la hausse de la fiscalité sur les carburants.
Une inquiétude qui n’a d’ailleurs pas été atténuée par la nouvelle baisse des charges pour les salariés, pourtant visible sur les bulletins de paie dès la fin octobre.

 

Au contraire, 63 % des Français pensent que le niveau de vie en France se dégradera dans les mois à venir, enregistrant une nouvelle hausse de 3 points (mais surtout une hausse de 17 points depuis mars dernier), et 57 % pensent que leur situation financière personnelle va se dégrader, en hausse de 6 points depuis septembre et de 12 points depuis mars.

Emploi : pas d’amélioration pour les mois à venir, selon les décideurs

Sur le front de l’emploi, les perspectives des acteurs économiques ne plaident pas non plus pour un retournement de la conjoncture actuelle (+0,5 % de chômeurs de catégorie A au 3e trimestre selon Pôle Emploi).

Au contraire, la détérioration de la situation depuis le début de l’année pourrait se prolonger : alors qu’en mars dernier les décideurs étaient 40 % à anticiper une baisse du chômage à court terme, ils ne sont plus que 16 % à partager cet optimisme (avec une nouvelle baisse de 4 points depuis septembre).

Sans surprise, le grand public n’est pas plus optimiste que les décideurs, puisque seuls 13 % des Français (-2 depuis septembre) s’attendent à une baisse du chômage dans les mois à venir, contre 56 % (+5) une hausse.

Les syndicats ne semblent pas profiter du mécontentement ambiant…

Dans ce contexte morose, fragilisant le gouvernement comme l’activité des entreprises, les syndicats de salariés n’en sortent pas pour autant renforcés.

 

Au contraire, 43 % du grand public et 45 % des salariés (48 % dans le secteur privé) déclarent n’avoir confiance dans aucun syndicat représentatif au niveau national (qu’il s’agisse de la CFDT, la CGT, FO, la CFTC, la CFE-CGC, Unsa ou Solidaires).

Et les dernières « affaires » – au premier rang desquelles la récente découverte d’un fichage illégal des cadres de FO ayant entraîné la démission de son secrétaire général Pascal Pavageau – accentuent ce divorce entre une partie des salariés et leurs représentants : pour 56 % des décideurs, 53 % des Français (et 54 % des salariés), ces affaires « affaibliront durablement l’ensemble des syndicats de salariés en France », même si tous ne sont pas concernés directement.

… Ouvrant la voix à des formes de contestation spontanées aux issues incertaines

Certes, cette défiance à l’égard des syndicats est à mettre en regard d’une crise plus globale de la représentativité, touchant également les partis politiques, et d’une méfiance croissante envers tout ce qui s’apparente aux élites : élites économiques, médiatiques, politiques… et syndicales, donc. Mais cette défiance n’en est pas moins significative, et problématique sur le plan politique et social.

En effet, l’affaiblissement des syndicats n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour les défenseurs d’un dialogue social apaisé et constructif, puisque cette perte de vitesse ne profite pas plus aux syndicats dits « réformistes », notamment la CFDT, qu’aux syndicats plus contestataires comme la CGT ou FO.

Mais cet affaiblissement n’est pas non plus une bonne nouvelle pour les acteurs économiques et politiques attachés au calendrier des réformes : quoi qu’on puisse penser du positionnement ou de la représentativité des différentes centrales syndicales, celles-ci restent des interlocuteurs disponibles au dialogue, pour réformer comme pour canaliser le mécontentement social.

Dès lors, si les syndicats devaient voir leurs positions faiblir encore à l’avenir, ce mécontentement devrait s’exprimer de plus en plus sous des formes nouvelles, à l’image des « bonnets rouges », de « Nuit debout », et plus récemment du mouvement des « gilets jaunes », qui ont tous en commun de s’être développés en dehors des organisations syndicales ou politiques, même si des liens peuvent exister. Or ces mouvements sociaux d’un genre nouveau, partis de la base en dehors de tout cadre institutionnel, ne sont pas uniquement plus spontanés : ils sont également plus incertains quant à leurs débouchés, pour négocier une sortie de crise par le haut et s’assurer d’un certain apaisement social


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