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La possibilité d’une nouvelle dynamique de l’entrepreneuriat en France

2 février 2016

Pour apporter un éclairage sur l’avenir de l’entrepreneuriat en France, et face à une économie désespérément atone, Viavoice, HEC, Le Figaro et France Inter consacrent cette nouvelle livraison du « Baro éco » à cet enjeu majeur. Les résultats révèlent que sous les blocages français, existe pour demain la possibilité d’une nouvelle dynamique de l’entrepreneuriat en France.

 

L’affaire serait entendue. L’avenir de l’entrepreneuriat en France serait pour une large part bridé par un environnement peu favorable ; le pays y perdrait du dynamisme, de la croissance et des emplois. Mais la France est-elle condamnée au pessimisme ? Ne compte-t-elle pas des entrepreneurs talentueux, une jeunesse compétente et innovante ? De nouvelles perspectives ne s’imposent-elles pas ? Et la nécessité ne finit-elle pas par faire loi ?


Un répertoire révisé des blocages français : outre les contraintes fiscales et administratives, l’influence de la culture et des valeurs de société

Parmi les freins à l’entrepreneuriat, les contraintes fiscales et administratives sont volontiers incriminées. De fait, invités à citer les éléments manquant « prioritairement en France pour développer l’entrepreneuriat », près des deux tiers des cadres (63 %) citent une « fiscalité moins lourde » ou « davantage de simplicité administrative ». De manière moins prégnante quoique importante, « un accès plus facile aux financements » (35 %) et « une réforme du marché du travail » (30 %) sont également attendus.

Mais au delà des attentes de réformes, les facteurs socio-culturels sont également cités avec des scores significatifs : « une culture entrepreneuriale au sein des élites » (20 %) et « une plus grande promotion des valeurs entrepreneuriales (22 %). L’entrepreneuriat de demain est aussi une affaire de société.

 

La possibilité d’une révolution. 1 : un potentiel

Cependant, l’entrepreneuriat en France recèle des opportunités d’avenir inédites. La première consiste en un potentiel : près d’un cadre sur deux (47 %) déclare avoir déjà « pensé » à créer sa « propre entreprise ». Ce score, singulièrement élevé en regard des a priori concernant un « manque d’envie d’entreprise » en France, s’établit nettement audessus des moyennes recueillies dans notre pays.

La possibilité d’une révolution. 2 : les mutations économiques et sociétales

La deuxième opportunité est une mutation de société. Près de la moitié des cadres (48 %) estiment qu’ « encourager l’entrepreneuriat et la création d’entreprise sera pour l’économie de demain » un enjeu « de plus en plus important » ; 46 % considèrent que cela constituera un enjeu aussi important qu’aujourd’hui.

Ainsi, de manière en apparence paradoxale, l’entrepreneuriat apparaît comme une valeur d’avenir. Au-delà du ressort économique qu’il représente, l’entrepreneuriat est favorisé par l’essor des activités indépendantes, par l’érosion du salariat (« uberisation ») pour partie en résonnance avec l’épanouissement de l’autonomie individuelle.

La possibilité d’une révolution. 3 : l’innovation

La troisième opportunité est celle de l’innovation. Aux yeux des cadres, l’avenir de l’innovation passera par une « réforme de la fiscalité » (44 %), par de nouveaux « investissements en R&D » (40 %), par une « réforme du marché du travail » (39 %), mais également, selon une proportion aussi importante (38 %), par « de nouveaux entrepreneurs ayant une vision novatrice sur l’économie de demain ». Or le monde d’aujourd’hui est une pépinière de ruptures, d’idées émergentes, de secteurs d’activité en profondes mutations. Ce contexte de recompositions constitue, comme toujours depuis le dix-neuvième siècle, un moment particulièrement propice à l’éclosion de ces « nouveaux entrepreneurs » aux visions inédites.

Potentiel d’engagement personnel, mutations économiques et sociales, innovations : ce triptyque constitue un alliage très favorable au développement de l’entrepreneuriat pour les années qui viennent. Certes, reste à lever une part des freins qui contreviennent au succès franc et massif de l’entrepreneuriat en France. Mais désormais, l’idée d’une révolution n’est pas à exclure.

Baisse du moral des cadres sur fond de craintes accrues pour l’emploi

En ce début d’année, l’indicateur du moral des cadres perd 5 points, à -35. Une contreperformance effaçant le regain d’optimisme de la fin d’année dernière, et s’expliquant par des perspectives en berne :
- En matière d’emploi : 57 % des cadres anticipent une augmentation du chômage dans les mois à venir, en hausse de 9 points ;
- En termes de niveau de vie : 46 % pensent que celui-ci baissera d’ici un an (+6), contre 16 % seulement pariant sur une amélioration ;
- Concernant les perspectives personnelles : 83 % des cadres jugent les opportunités professionnelles « faibles » pour les mois à venir, en hausse de 4 points.
Foncièrement, ce faisceau d’opinions économiques délétères est alimenté par la morosité de la conjoncture économique. Surtout, il signifie que :
- Les attentats du 13 novembre n’ont pas provoqué, en retour, de remobilisation économique significative ;
- Le plan de relance pour l’emploi, déjà évoqué lors des voeux présidentiels et présenté le 18 janvier, n’a pas non plus produit de regain de confiance.
Ainsi, si l’économie française retrouve le chemin de la croissance au cours des mois qui viennent, tout porte à croire que ce sera davantage à la faveur de l’oeuvre silencieuse des sociétés, des marchés et des entreprises, bien plus qu’en raison de « chocs » indirects ou directs. À ce titre, la renaissance est une affaire de moyen, voire de long terme.

François Miquet-Marty Président, et Aurélien Preud’homme, Directeur d'études, Viavoice

Pour approfondir:

Lire la tribune d'Etienne Krieger, Directeur scientifique du centre d'entrepreneuriat d'HEC Paris, publiée dans Le Figaro, le 1er février 2016: Mettre l'argent au service du talent


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