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Le retour des inquiétudes économiques ?

24 septembre 2018

La reprise économique bat de l’aile en cette rentrée, et cela impacte le moral des acteurs économiques, comme l'indique le Baromètre des Décideurs Viavoice pour HEC, Le Figaro et BFM Business de septembre 2018. Sans retomber au niveau de défiance qui prévalait durant la crise économique (depuis la faillite de Lehman Brothers  en 2008 jusqu’en 2015 voire  2016), la dernière vague du baromètre des Décideurs Viavoice – HEC Paris – Le Figaro – BFM Business met  en exergue ce retour  des inquiétudes économiques,  tant auprès des décideurs que du grand public.

 

Concrètement, alors que jusqu’en juillet dernier les décideurs continuaient à faire part de perspectives bien meilleures que l’ensemble des Français, aujourd’hui les opinions des différents  acteurs se rejoignent. L’indice  du moral des décideurs perd ainsi 11 points depuis juillet, revenant à son niveau de mars 2017.

L’emploi et le pouvoir d’achat inquiètent le grand public comme les décideurs

Or ce sont principalement les inquiétudes macro-économiques qui expliquent cette décrue, au premier rang desquelles l’emploi et le pouvoir d’achat.

En matière d’emploi, d’abord, les perspectives des décideurs se sont quasiment inversées depuis le mois de juillet : si jusqu’au  début de l’été  la part de cadres anticipant une baisse du chômage dépassait celle anticipant  une hausse (34 % contre 25 %), c’est aujourd’hui largement l’inverse : 39 % d’entre eux anticipent une hausse (+14 points) contre à peine 20 % une baisse du nombre de chômeurs dans les prochains mois.

 

Et ce pessimisme sur l’emploi  est  encore plus fort  parmi le grand public,  avec aujourd’hui un peu plus d’un Français sur deux (51 %, +8 points depuis juillet) qui anticipe une  hausse du chômage dans les mois à venir, après un premier semestre 2018 déjà décevant en matière de créations d’emplois.

À ces inquiétudes s’ajoutent celles liées au pouvoir d’achat :
-  Sur le plan macro-économique,  avec 60 % du grand public (+3) et 44 % des décideurs (+16) qui anticipent  une dégradation  du niveau de vie en  France d’ici un an ;
-  Mais aussi sur un plan plus personnel, avec 51 % du grand public (+2) et même 36 % des décideurs (+9) qui s’attendent  à une dégradation  de leur situation financière personnelle dans les mois à venir.

Budget 2019 : priorité au pouvoir d’achat des ménages, mais pas uniquement

Face à cette conjoncture économique difficile, plusieurs attentes sont exprimées dans l’opinion  publique à l’égard du budget 2019 actuellement en préparation.

La première attente est incontestablement  liée au pouvoir d’achat des ménages, priorité déclarée par 54 % des décideurs et 59 % du grand public.

Dans le  détail,  on  remarque  d’ailleurs  une  crispation  sur toutes  les mesures potentiellement dommageables pour le pouvoir d’achat, même lorsque celles-ci sont ciblées sur certains publics uniquement : ainsi, la revalorisation des pensions de retraite  à un niveau inférieur à celui de l’inflation, annoncée par le Premier Ministre fin août, est regrettée  par 55 % du grand public et 52 % des décideurs. La volonté exprimée de privilégier  le pouvoir d’achat des actifs ne semble donc pas un argument convaincant pour ces derniers.

À l’inverse,  toutes les mesures bénéfiques au pouvoir d’achat sont beaucoup plus consensuelles, même si (là encore) elles ne concernent pas tout  le monde : la suppression du deuxième tiers de la taxe d’habitation pour 80 % des Français est ainsi très largement  appréciée (62 % des décideurs et 73 % du grand public), comme la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires (par 59 % des décideurs et également 59 % du grand public).

 

Les efforts en matière de réduction des déficits doivent être poursuivis

Pour autant, l’amélioration  du pouvoir  d’achat des ménages n’est pas la seule attente  exprimée par les Français, qui apparaissent également préoccupés par les contraintes qui pèsent sur l’Etat comme sur les entreprises :
-  Ainsi la réduction  des dépenses publiques  est  une priorité  pour  38 %  des Français et 37 % des décideurs, et la baisse du déficit  l’est  également  pour respectivement 34 % et 27 % d’entre eux.
-  En matière de fiscalité, ils ne sont que 42 % des décideurs et 44 % du grand public à privilégier  des baisses d’impôts uniquement  pour  les  ménages ; à l’inverse,  40 % et 37 % d’entre eux souhaitent une baisse de la fiscalité qui concernerait tout autant les ménages et les entreprises.

 

Dans ce contexte d’attentes multiples,  les budgets  2019  de  l’Etat  et  de  la Sécurité  sociale –  déjà  contraints  par  une  conjoncture  moins favorable que prévue – nécessiteront des équilibres complexes à réaliser entre pouvoir d’achat, déficits publics et compétitivité. Aux acteurs publics de relever ce défi, au risque d’accentuer encore davantage les inquiétudes et les impatiences exprimées par les Français.
François Miquet-Marty, Président e Viavoice et Aurélien Preud’homme, Directeur d’études


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