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Les conflits sociaux altèrent le moral économique des décideurs et du grand public

22 mai 2018

Le moral économique des Français est en berne en ce mois de mai, dans un contexte de mouvements sociaux quasi-ininterrompus depuis près de deux mois (SNCF,fonction publique, universités, AirFrance, Carrefour…). L’indice du moral des décideurs, mesuré par le Baromètre des décideurs Viavoice pour HEC Paris, Le Figaro et BFM Business du 22 mai 2018, perd ainsi 8 points depuis mars, en même temps que se détériorent tout à la fois les perspectives économiques personnelles et collectives.

 

Une confiance économique au plus bas depuis un an

Sur le plan macro-économique d’abord, avec 34% des décideurs et 50% du grand public qui anticipent une dégradation du niveau de vie en France d’ici un an, deux chiffres en hausse de 4 points en deux mois.

Et en matière d’emploi, les perspectives d’amélioration mesurées depuis le second semestre 2017 s’éloignent puis que seuls 36% des décideurs (-4) et 28% du grand public (-3) s’attendent à une baisse du nombre de chômeurs dans les mois à venir.

Sur le plan personnel, les perspectives se détériorent également, avec 34% des décideurs (+5) et 47% du grand public (+2) qui anticipent une dégradation de leurs finances personnelles.

Enfin, cette morosité ambiante se ressent jusque dans les entreprises, avec seulement 39% des décideurs et 33% des actifs qui trouvent leurs collaborateurs «motivés» – en baisse respective de 6 et 3 points depuis mars – et enfin avec des opportunités professionnelles moins fortes qu’en début d’année pour les décideurs (81% pensent qu’elles son faibles, +5).

 

De manière générale, l’indice atteint son plus bas niveau depuis un an (-19) et rejoins presque son niveau d’avril 2017 (-21), avant l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée (et donc dans un contexte d’incertitudes politiques majeures).

Des réformes qui interrogent dans leurs modalités, mais des mobilisations peu soutenues

Dans ce contexte difficile, l’opinion publique apparaît très largement divisée face aux réformes, pour ne pas dire clivée:

  • D’un côté, 53% des décideurs pensent qu’Emmanuel Macron et le gouvernement ont lancé depuis un an "le bon nombre de réformes" et 53% également que les réformes engagées "vont dans le bon sens";
  • De l’autre, le grand public se montre moins enthousiaste : 41% des Français pensent que "trop de réformes" ont été menées (contre 36% "le bon nombre" et 10% "pas assez") mais surtout 48% d’entre eux pensent que ces réformes ne vont globalement "pas dans le bon sens", contre seulement 37% d’un avis contraire.

Le taux important de "non réponses" parmi le grand public (15%) montre également une difficulté à appréhender le cap suivi.

C’est notamment le cas concernant la réforme de la fonction publique, qui oppose depuis plusieurs semaines le gouvernement et les syndicats de fonctionnaires,et qui rencontre auprès des Français un accueil mitigé.

Si certaines mesures sont très populaires – le développement d’une part de rémunération au mérite est soutenu par 61% des Français, la réintroduction d’un jour de carence par 59%, l’accroissement de la mobilité des agents par 57% – d’autres mesures, et non les moindres, les ont beaucoup moins:

  • Seuls 40% des Français se déclarent favorables à un recours accru aux embauches de contractuels;
  • Et seulement 27% se montrent favorables à la suppression de 120000 postes dans les trois fonctions publiques d’ici 2022.

En d’autres termes, l’opinion publique semble rejeter tout ce qui, de près ou de loin, lui fait craindre une détérioration du service public à moyen terme, et adhère plus volontiers à tout ce qui s’apparente à une modernisation de l’administration: mobilité accrue, primes au mérite, etc.

Pour autant, ces interrogations ne devraient pas particulièrement nourrir les mouvements sociaux dans les jours à venir, avec seulement 40% des Français qui soutiennent la mobilisation des fonctionnaires, et 39% qui croient possible une convergence entre les différents mouvements sociaux.

Les interrogations sont là, mais la crise sociale reste pour l’instant mesurée.


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