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Parité en entreprises : sous les efforts, des archaïsmes ?

8 mars 2016

La parité progresse dans les entreprises, selon les cadres. Invités à se prononcer sur ce sujet, ils sont une majorité – hommes ou femmes – à dresser le constat selon lequel les efforts des entreprises en matière de parité hommes-femmes sont plus importants qu’il y a quelques années. Mais le parcours accompli est-il non seulement suffisant, mais surtout va-t-il dans le bon sens ? Aux yeux des cadres aujourd’hui, les efforts déployés par les entreprises s’avèrent singulièrement décevants. François Miquet-Marty et Aurélien Preud’homme de Viavoice analysent les résultats du Baro éco Viavoice du mois de mars réalisé pour HEC Paris, Le Figaro et France Inter.

 

Le constat encourageant d’efforts croissants au cours du temps

Les trois quarts des cadres français (76 %) pensent que les efforts des entreprises pour améliorer la parité et l’accès des femmes à des postes à responsabilités sont « plus importants qu’il y a quelques années ». Ce constat est corroboré par l’évolution perçue par les cadres au sein de leur propre entreprise : 59 % d’entre eux estiment que les effort actuels sont plus importants que ceux d’hier.

Pour autant, les cadres expriment une large part de déceptions. Concernant les entreprises dans leur ensemble, 57 % des cadres jugent les efforts « insuffisants », et 72 % des femmes cadres le pensent.

Les premières insuffisances soulignées, classiques, concernent les inégalités salariales. Cet enjeu est considéré comme le plus prioritaire (« imposer l’égalité salariale à poste équivalent », 61 %), et les femmes cadres y sont très largement attachées (73 %).

Ce sujet est considéré comme nettement plus prioritaire que les questions de harcèlement et de sexisme au travail (42 %) ou d’avancement de carrière (41 %), pourtant également très importantes.

Dans ce domaine, malgré un certain nombre d’actions mises en place (et encouragées par la loi), les différences entre hommes et femmes au travail demeurent très importantes, y compris parmi les cadres : selon une étude de l’Apec de mars 2015, les hommes cadres gagnent en moyenne 18,6 % de plus que leurs homologues féminines, et 8,5 % de plus à profil comparable (âge, ancienneté, responsabilités).

Cette réalité, pas nécessairement visible et connue au quotidien, peut expliquer des différences fortes concernant les perceptions des hommes et des femmes cadres sur le sujet : alors que 53 % des femmes cadres jugent les efforts de leur propre entreprise « insuffisants » en matière de parité, cette opinion n’est partagée que par 30 % de leurs homologues masculins.

 

Second facteur de déception : le sentiment d’une part d’artifice

Surtout, les cadres déplorent une part d’artifice au sein des efforts en faveur de la parité. Ils émettent des réserves sur la « sincérité » des actions mises en place : seuls 38 % des cadres et 29 % des cadres femmes jugent ces mesures « sincères ». Une critique faisant écho au caractère obligatoire de certaines mesures, encouragées ou imposées par la loi : parité dans les conseils d’administration des grandes entreprises (loi Copé-Zimmermann de 2011), plans d’action relatifs à l’égalité professionnelle sous peine de pénalités (loi Vallaud-Belkacem de 2014), etc..

De ce fait, les cadres doutent de l’efficacité des actions : seuls 33 % d’entre eux jugent ces dernières « efficaces » (21 % des femmes cadres). Un manque d’efficacité perçu pouvant s’expliquer tant par l’insuffisance des actions en faveur de la parité (57 %) que par un manque de suivi dans leur mise en place : 53 % des cadres et 66 % des femmes cadres jugent que ces mesures sont « rarement suivies d’effets ».

Cette perception de la parité pourrait se résumer de la manière suivante : beaucoup de choses changent mais l’essentiel demeure. Sous le voile d’une aspiration de plus en plus proclamée à la parité, subsistent des mentalités, des stéréotypes et des pratiques peu synonymes de progrès. Même en 2016, la parité s’entend en partie comme un progrès d’apparences,masque d’archaïsmes réels.

 

Moral des cadres : des inquiétudes croissantes matière d’emploi, en dépit des annonces de réforme

Concernant le moral des cadres, le projet de réforme du droit du travail, présenté le 18 février, ne change pas la donne : depuis la fin de l’année 2015, qui avait mis en évidence une amélioration des perspectives macro-économiques des cadres, leurs inquiétudes en matière d’emploi ne cessent de progresser :
- Plus de 6 cadres sur 10 (62 %) pensent aujourd'hui que le chômage augmentera dans les mois qui viennent ;
- Cette proportion, importante en valeur absolue, enregistre une hausse de 5 points en un mois, et de 14 points depuis novembre, renouant avec les niveaux d’inquiétude du premier semestre 2015.

Ce pessimisme peut s’expliquer par les données actuelles, très moroses, sur le front de l’emploi. Il n’en constitue pas moins un désaveu et le signe d’un scepticisme largement partagé chez les cadres sur la capacité du gouvernement à inverser à court terme la courbe du chômage, en dépit des dernières annonces d’assouplissement du droit du travail (projet de loi El Khomri). Les mesures annoncées, qui rencontrent d’ores-et-déjà de fortes oppositions politiques – à droite comme à gauche – et syndicales, ne convainquent pas davantage les cadres sur leur objectif affiché : créer les conditions d’une création d’emplois plus soutenue de la part des entreprises. Un résultat aujourd’hui en forme de discrédit pour la majorité et l’exécutif.

François Miquet-Marty Président, et Aurélien Preud’homme, Directeur d'études, Viavoice

Pour approfondir:

Lire la tribune de Nathalie Lugagne, directeur délégué d'HEC Paris Executive Education, publiée dans Le Figaro le 7 mars 2016: Parité: le besoin de perséverance

 

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