Publications

Une campagne présidentielle qui inquiète les cadres

29 mars 2017

Alors que la campagne présidentielle 2017 entre dans sa dernière phase avec la présentation de la liste officielle des candidats, celle-ci inquiète paradoxalement de plus en plus les décideurs économiques selon les résultats du Baro-éco Viavoice pour HEC Paris, BFM Business, L'Express et Le Monde du mois de mars. En dépit de cela, l'indice synthétique du moral des cadres s’améliore ce mois-ci, atteignant -23, en hausse de 3 points depuis février, et à son plus haut niveau depuis mars… 2008, c’est-à-dire avant la faillite de Lehman Brothers et la crise économique et financière.

 

Des perspectives macro-économiques qui s’améliorent

Ce « sursaut » confirme un certain nombre d’améliorations macro-économiques : création d’emploi record en 2016, investissement des entreprises en progression, croissance également avec la révision à la hausse par l’INSEE de ses prévisions pour le premier trimestre (+0,3%) comme pour le second (+0,5%, soit autant que l’Allemagne ou l’ensemble de la zone euro).

Les cadres perçoivent bien ces améliorations dans leur environnement économique, puisqu’ils ne sont plus que 39 % à anticiper une hausse du chômage dans les mois qui viennent, en baisse de 5 points depuis février.

En termes de niveau de vie également, 17 % des cadres interrogés pensent que celui-ci s’améliorera d’ici un an, contre 43 % qu’il restera stationnaire et 37 % qu’il se dégradera. Des perceptions négatives qui sont minoritaires donc, et en baisse de 3 points en un mois.


Une campagne présidentielle qui inquiète beaucoup plus qu’elle ne crée d’espoir

Seule ombre au tableau peut-être face à ces améliorations : la campagne présidentielle.

Alors que celle-ci entre dans sa dernière phase avec la présentation de la liste officielle des candidats, celle-ci inquiète paradoxalement de plus en plus les décideurs économiques :
- Près des deux tiers des cadres interrogés (63 %) voient ainsi dans la campagne présidentielle une « source d’inquiétude économique ». À noter que ce chiffre, déjà élevé en septembre dernier (49 %), enregistre une hausse de 14 points depuis.
- De manière plus détaillée, on note que les sentiments dominants chez les cadres face à la campagne sont la « confusion » (47 % de citations) et la « crainte » (30 %), loin devant l’ « espoir » (6 %) ou même la « distance » (11 %) et l’ « indifférence » (5 %).

Des sentiments majoritaires liés à un climat et un débat public jugés durement :
- Confusion face à une offre électorale éclatée et peu lisible et face aux nombreuses
incertitudes que soulèvent cette élection : majorités futures, mise en oeuvre et faisabilité des programmes, etc.
- Crainte face à la montée de l’extrême-droite, avec le risque systémique d’une sortie de l’euro et de politiques protectionnistes potentiellement lourdes de conséquences pour de nombreuses entreprises françaises.

 

Des cadres eux-mêmes partagés entre libéralisme et politiques sociales…

Dans ce contexte, quelles solutions proposeraient les cadres eux-mêmes ? En réalité, ceux-ci sont partagés concernant la nature de la politique économique à mener, mais aussi concernant le rythme des réformes.

D’une part, 58 % des cadres pensent que la France aurait besoin d’une politique économique « sociale et distributive », mais ils sont aussi 46 % à souhaiter une politique « libérale » : des attentes sans doute plus complémentaires qu’antagonistes, puisqu’elles ne s’opposent pas nécessairement.

Par ailleurs, une politique « favorisant le développement durable » est très largement souhaitée par 87 % des cadres interrogés.

En revanche, le protectionnisme est largement rejeté avec 59 % des cadres opposés à une politique économique protectionniste pour les années à venir.


… mais aussi sur l’ampleur des réformes à mener

Concernant le rythme et l’ampleur des réformes, l’opinion des cadres est plus divisée : alors que 47 % d’entre eux souhaitent « un changement profond, des réformes radicales », 44 % privilégient à l’inverse un « changement modéré, des réformes progressives et ciblées ». Enfin 6 % seulement privilégient la stabilité.

Au-delà des souhaits, c’est sans doute aussi la faisabilité des réformes qui est questionnée derrière ces résultats. Les difficultés de Donald Trump aux Etats-Unis à imposer ces décisions au Congrès comme aux institutions judiciaires montrent qu’il ne suffit pas de proclamer une nouvelle politique pour que celle-ci soit appliquée.

Sans légitimité démocratique forte, sans majorité cohérente au Parlement, mais aussi sans crédibilité personnelle, toute politique ambitieuse, a fortiori économique, est difficile à mettre en place.Une équation qui a sans doute son importance dans la perception de la campagne actuelle et de ses principaux candidats.


Retour à la liste d'actualités

JavaScriptSettings