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L'impact européen

 

Sur le tableau noir qui occupe un des murs de son bureau, restent encore des dessins d’enfants, traces d’un ancien professeur. “Je n’ai pas voulu y toucher…” Il y a aussi une photographie de New York, ville où, dit-il, il a “découvert le monde”. Il travaillait alors au café Balthazar.

Il était serveur, métier d’expérimentation sociale s’il en est. Alberto Alemanno a étudié le droit parce que son père lui en avait transmis la passion, lui qui n’avait pas pu l’étudier à son époque. Et dire qu’il est passionné par son sujet, c’est être en deçà de ce que peut dégager ce chercheur enseignant dès lors qu’on l’interroge sur cette discipline. Il devient alors intarissable.

“La philosophie du droit c’est : comment justifier la coexistence entre les sociétés ? C’est forcément passionnant ! Dans le passé on a toujours séparé la politique du droit, or les deux mécanismes sont liés. Il y a de plus en plus d’échanges entre ces deux mondes.”

L’art nourrit ses cours, comme tout ce qui peut lui permettre d’appréhender l’enseignement autrement. “Je crois à la force de la stimulation. C’est là, lorsque quelque chose nous stimule, que l’on livre ses vraies capacités. Il faut donc aller chercher le point d’éveil. Mais je tente simplement d’être le professeur que j’aurais aimé avoir. Je me perçois comme un chef d’orchestre, je raconte des histoires, j’anime des débats. Un bon prof, ce n’est pas une somme d’informations sur deux jambes, c’est quelqu’un qui pousse à réfléchir, quelqu’un qui surprend. Un cours dure un instant mais cet instant peut ensuite devenir un “moment”, voire une vie. On peut passer une vie sur un seul mot, à en chercher le sens, l’ambivalence.

L’implication des participants relève, à elle seule, la qualité d’un cours. J’aime que les participants jouent le jeu, prennent le risque de sortir de leurs certitudes, le risque de se tromper, le risque de tomber le masque.”

Les objectifs pédagogiques en Executive Education sont très différents des cours de la Grande école. Les participants savent déjà beaucoup et ont une grande expérience du terrain. L’enjeu devient donc tout autre. “C’est la rencontre entre eux et nous qui fait la force du cours. Les chefs d’entreprises, les cadres qui travaillent sur les questions réglementaires ont des profils très variés et ne veulent pas seulement acquérir des outils mais comprendre l’environnement complet dans lequel ils évoluent. On vit dans un monde de monologues. Il nous faut accentuer les échanges et leur qualité. L’écoute. Tout circule très vite mais nous ne parvenons plus à échanger correctement. Il nous faut mettre en balance les avantages et les inconvénients de ce que l’on appelle – parfois un peu trop succinctement – les avancées technologiques. Une invention ne constitue pas forcément une avancée. Elle le devient lorsque l’on sait “avancer” avec. Toutes ces questions entrent forcément dans mes cours.”

S’il est un mot clef à ses yeux c’est celui d’Européen. Lui, l’Italien curieux, gourmand, inventif, dit simplement devoir à l’Europe ce qu’il est devenu. Il a fait des études, voyagé, rencontré, utilisé toutes les ressources possibles qu’offre l’Europe. Il dit croire à l’idée d’un leadership européen, au fait que l’Europe n’est pas seulement une idée, encore moins une frontière mais bien plus : une dynamique commune et internationale unique. Bruxelles est à ses yeux une capitale au centre des intérêts généraux. On pense alors à la chanson du chanteur belge Arno : “C’est vachement bien. Nous sommes quand même tous des Européens.” Il sourit. “C’est ça. Exactement. Cela devrait être aussi simple que ça... Je voudrais rendre l’Europe plus citoyenne. Rendre l’idée de l’Europe plus citoyenne. Utiliser les outils travaillés en cours pour reprendre goût à l’Europe. Elle est un magnifique projet et on a le devoir de la sortir de sa forme idéologique pour lui rendre son dynamisme. Dans mes cours on étudie le droit de l’environnement, le type d’approches possibles, la politique sociale, monétaire… Tout est décidé à Bruxelles, cela concerne notre quotidien direct. Il y a un cruel manque de prise de conscience de l’impact de l’Europe sur nos vies. Quels instruments faut-il maîtriser pour influencer le processus décisionnel ? Quels sont les aspects organisationnels importants ? Comment avancer ensemble ? On parle de mondialisation on ne parle jamais d’Européanisation. Or l ’Europe est un laboratoire de mondialisation, au même titre que la Suisse qui expérimente depuis des siècles le fait de vivre en communauté, malgré et avec ses différences.

Ces dernières années, les politiques européennes ont fait bien plus pour améliorer la vie des consommateurs que les capitales. Les hommes politiques des pays ne le disent pas, parce que cela serait comme avouer le fait qu’ils ne maîtrisent plus ces questions, mais la réalité est celle-ci. Sans l’Europe, nous serions bien moins défendus. Il faudrait donc vivre l’Europe avec beaucoup moins de préjugés, cela ferait beaucoup de bien à tout le monde… Et ce sentiment européen peut venir aussi des entreprises, qui appellent à plus d’union tant au sein des marchés que parmi les peuples.”

Sa thèse de doctorat portait sur le droit à l’alimentation, une de ses thématiques de prédilection. Il a fondé la revue internationale EJRR : European Journal of Risk Regulation qui v ient d’entrer au “top ten” des journaux de droit européen. “Lancer une revue scientifique aujourd’hui est un vrai défi. C’est compliqué parce qu’il faut réunir une communauté de chercheurs, les faire fonctionner ensemble, solliciter et recevoir des manuscrits. À l’origine du lancement d’une revue, il y a toujours cette idée qu’il faut occuper un peu le terrain. Il y a une nouvelle matière qui est la politique publique dérégulation, que personne n’a encore “capturée”, n’a encore définie comme sujet. Lancer une revue scientif ique c’est alors faire l’effort de mettre les chercheurs qui s’occupent de cette matière autour d’une table afin d’essayer de jeter les jalons de la naissance de cette nouvelle matière. Être classé parmi les meilleures revues de droit administratif et de droit européen au monde est une fierté, mais c’est plus encore un encouragement à continuer sur cette voie…”.

On l’interroge alors sur son choix de HEC, lui qui ne manque pas d’opportunités. “HEC joue un rôle clef. HEC n’est pas à Paris, elle est internationale. Rechercher, échanger, enseigner : elle est forte pour toutes ces opportunités qu’elle offre.”


Alberto Alemanno est Professeur Associé de Droit à HEC Paris où il est titulaire de la chaire Jean Monnet conférée par la Commission Européenne. Il fut référendaire à la Cour Européenne de Justice ainsi qu’avocat à New York. Il possède un LLM (Master of Laws) de la Harvard Law School et du Collège d’Europe ainsi qu’un D octorat en droit international de l’économie de l’Université de Bocconi. Il est rédacteur en chef du European Journal of Risk Regulation, membre du Comité éditorial de la Revue du Droit de l’Union Européenne, de la European Food and Feed Law Review, et de Policy of Risk Analysis: an International Journal. Et enfin fondateur de la Summer Academy in Global Food Law & Policy.

 

 



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